Rien n’aura permis de saisir précisément ce qu’il s’est passé le soir du 17 novembre, devant la mairie de Beaumont-sur-Oise. Au procès comme dans l’enquête, tout repose sur le récit, parfois contradictoire, des policiers municipaux et gendarmes. D'une foule d’une cinquantaine de personnes, l’entremêlement de leurs versions ne fait ressortir que deux noms : Bagui et Ysoufou. Deux frères d’Adama Traoré, le jeune homme mort cet été lors d’une interpellation par la gendarmerie. Après plus de dix heures d’audience devant le tribunal correctionnel de Pontoise (Val-d’Oise), impossible de savoir où les deux prévenus se situaient précisément, ni à quelle heure les faits se sont produits.

Lors du conseil municipal prévu ce soir-là, la maire souhaitait soumettre au vote la prise en charge de ses frais de justice dans le cadre de la protection fonctionnelle. Nathalie Groux avait fait connaître ses intentions de porter plainte en diffamation contre Assa Traoré, sœur des deux prévenus. Des membres de la famille Traoré, des habitants de la ville et des soutiens souhaitent alors assister aux débats. Ils sont accueillis devant la mairie par une cinquantaine de policiers municipaux et gendarmes. «Les forces de l’ordre avaient été avisées que les choses pourraient peut-être mal se passer», indique au procès la présidente, Dominique Andréassier. L’accès à la salle leur est refusé, par manque de place selon la mairie. Seules Assa et sa mère sont invitées à entrer. La tension monte, les insultes fusent et quelques instants plus tard la police fait usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule.

«On va essayer de préciser la couleur de votre veste»

Ysoufou, 22 ans, est poursuivi pour outrage et menaces à l’encontre de deux policiers municipaux. La présidente énumère : «Range ton chien fils de pute qu’est-ce que tu fais», «je vais te crever»«fils de pute». On reproche à Bagui, 24 ans, des faits similaires d’outrages et de menaces à l’encontre de six agents et de violences sur une policière municipale. En l’espèce, un coup de poing au visage ayant entraîné une incapacité totale de travail d’un jour. Arrêtés quelques jours après les faits, ils ont été placés en détention provisoire depuis trois semaines après avoir refusé d’être jugés en comparution immédiate.

Les huit agents qui se sont constitués parties civiles sont présents à l’audience. Pour apporter une autre version, la défense fait citer une dizaine de témoins. Les récits s’enchaînent à la barre sans permettre d’apporter une version définitive aux faits poursuivis. Les débats vont notamment se concentrer sur la veste que portait Bagui Traoré, présentée dans l’enquête comme l’élément décisif pour l’identifier. «On va essayer de préciser la couleur de votre veste monsieur Bagui, parce qu’elle va du camel, en passant par le marron, le beige, jusqu’au noir»,s’amuse Dominique Andréassier. La présidente l’appellera «monsieur Bagui» pendant pratiquement toute l’audience. Pour Ysoufou, le tribunal va s’attarder sur sa coupe de cheveux, jugée «atypique» par la présidente ou en «tire-bouchon» pour un des policiers municipaux. Là encore, cet élément est l’une des seules garanties qu’il n’y a pas eu d’erreur d’identification.