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Du courage et de la dignité dans le renoncement de Hollande ? Vraiment ?

2 Décembre 2016 , Rédigé par S. Sellami

Il n’avait aucune assurance d’être élu à la primaire du PS. Sans cette assurance et avec pour tout horizon, éminemment possible, un échec cuisant, sa fin de mandat se serait transformée en calvaire. Il ne pouvait pas prendre un tel risque. Ni pour lui, ni pour la gouvernance de la France. Et l’intérêt supérieur du pays est alors devenu alibi.

S’il n’y a pas là d’indignité, y a-t-il pour autant de la dignité dans tout cela comme on l’entend clamer dans le Landerneau médiatico-politique ? Et à quel titre ? N’y a-t-il pas eu en réalité chez lui juste un banal réflexe de préservation, un souci aigu d’échapper au plus grand déshonneur ? Avec bien entendu quelques autres considérations justificatrices comme effectivement l’intérêt supérieur du pays et tant qu’à faire, histoire de laisser le souvenir d’un homme éminemment responsable, le geste sacrificiel au bénéfice de l’unité espérée de son camp politique. Mais au nom de quel constat rétrospectif peut-on y trouver du courage ? Le courage était-il donc la marque de sa gouvernance ? Oui, on aurait aimé que contre toute attente il en témoigna ouvertement au cours de son mandat. Mais sauf preuve du contraire ce ne fut pas le cas.

Alors désormais puisqu’il est totalement dégagé du moindre enjeu électoral personnel, le verra-t-on appliquer certains de ses engagements avec lesquels, sans qu’ils aient été bien révolutionnaires, il avait pris ses distances ? Le verra-t-on s’attaquer à la finance, son ennemi ? Fermera-t-il Fessenheim ? Prendra-t-il ses responsabilités face aux stupéfiantes divulgations de l’état de fragilité dissimulée par EDF et Areva de l’acier de nombreuses pièces essentielles des centrales nucléaires anciennes ou en construction ? C’est dans ces quelques domaines, bien loin d’atteindre à l’exhaustivité, que l’on pourrait alors effectivement mesurer le degré de son courage, et non dans son souci de préserver sa personne.

Mais néanmoins à quelque chose comportement inusité est bon, et si sa décision de ne pas être candidat offre bien l’apparence d’une vertu c’est bien celui d’avoir ouvert le champ, rare comme a cru pouvoir le souligner Taubira mais elle par romantisme naïf (et pourtant je l’aime bien Taubira), de la question du renoncement douloureux et sincère au profit du bien commun chez les gens fiers ; autre vertu que l’actuel Président ne possède guère en abondance. N’est pas Castro ou Mandela qui veut. Oui, si ce geste inhabituel en politique est effectivement rare, peut-être aura-t-il - l’espoir s’en retrouve désormais activé - pour effet de faire naitre quelques autres vocations, elles véritablement sincères. Ainsi nous sera-t-il peut-être donner l’insigne fierté de voir Yannick Jadot (qui a parlé chez Hollande d’une lucidité qui l’honore), et, qui sait ?, Philippe Poutou et même Nathalie Arthaud, ce qui est tout de même moins probable (mais la désormais publicité des 500 soutiens saura par contre les y contraindre…), prendre la décision eux aussi de renoncer en faveur d’un candidat apte à rassembler sur son nom les aspirations d’un peuple de gauche cocufié ? Vous penserez probablement à Mélenchon quand en réalité celui-ci pourrait tout aussi bien être contraint à une alternative similaire tout aussi douloureuse. Et au profit de qui ? D’un Noël Mamère par exemple. Mais bon ne versons pas dans l’angélisme, et, prenant acte des véritables rapports de force politiques, ne pourrait-on pas imaginer par contre que Jean-Luc Mélenchon en vienne à annoncer quel pourrait être la composition de son gouvernement s’il était élu ? Ne pourrait-il pas annoncer en défaveur de son entourage immédiat qu’il nommerait Noël Mamère, qu’il a rencontré récemment, Premier ministre ? Et d’anciens ministres à des postes clés : Benoit Hamon, Christiane Taubira, Corinne Le Page ministre de l’écologie, Marie-Georges Buffet, et Yannick Jadot, Pierre Laurent à d’autres postes tout aussi importants ? Ah, à quelle belle traduction du renoncement et du courage politique assisterions-nous là ! Et nous serions alors reconnaissants à François Hollande d’avoir ainsi réussi, sans même y avoir songé, à l’ouverture d’un champ du possible à l’improbable union des vraies forces progressistes (1).

 

Patrick Samba

(1) dans lesquelles bien entendu on ne situe pas Montebourg

http://www.agoravox.fr/

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