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Le Centre Simon Wiesenthal et le dalaï-lama

25 Décembre 2016 , Rédigé par S. Sellami

Le 25 mars 2012,André LACR le Centre Simon Wiesenthal exigeait des excuses de la part de China Tibet Online et de Xinhua News Agency pour avoir osé un rapprochement entre le dalaï-lama et le nazisme. Les sites incriminés avaient eu le tort, selon le Centre, d’accuser le dalaï-lama de soutenir une politique qui aurait entraîné l’expulsion de Chinois Han de territoires historiquement tibétains, une politique comparable à celle des nazis à l’égard des juifs.

Il n’en fallait pas plus pour le Centre monte sur ses grands chevaux, lui qui, en 1996, avait attribué au dalaï-lama son … « Prix humanitaire ». Sur la photo illustrant la cérémonie de remise du prix, on peut voir le dalaï-lama s’exprimer, à la tribune du « Museum of Tolerance » du « Simon Wiesenthal Center », sur fond de drapeaux états-unien, israélien et, pour autant que la mauvaise qualité du cliché le laisse deviner, … tibétain.

Si le Centre Simon Wiesenthal a joué un rôle irremplaçable et salutaire dans la traque des anciens nazis et s’il continue aujourd’hui, à juste titre, à promouvoir la tolérance et à dénoncer le racisme, l’antisémitisme, le terrorisme et les génocides, y compris arménien et tutsi, force est de constater que son combat contre l’antisémitisme s’assimile parfois à une défense inconditionnelle de la politique d’Israël. Suivant en cela la pratique constante de la diplomatie israélienne, préoccupée de défendre à tout prix dans les médias la politique de l’État juif, le Centre Simon Wiesenthal a tendance à jeter le discrédit sur les critiques du gouvernement israélien, même les plus fondées, en s’efforçant de les faire passer pour des propos antisémites.

Ce qui préoccupe aujourd’hui au plus haut point le Centre comme tous les soutiens inconditionnels du gouvernement israélien, c’est le succès grandissant du mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), qui met en lumière les ressemblances entre le défunt apartheid d’Afrique du Sud et celui toujours actif en Israël. Dans une lettre adressée le 28 novembre 2016 à Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal, Shimon Samuels, se sentant sans doute encouragé, notamment par la condamnation de BDS par la Grande-Bretagne, le Canada, une partie des États-Unis et la France1, va jusqu’à traiter de « bandes de hooligans BDS » des militants invitant la clientèle des supermarchés à boycotter les produits israéliens. Le moins qu’on puisse dire, c’est que de tels propos injurieux ne témoignent pas d’un sens aigu de la tolérance, ni du respect de la liberté d’expression.

S’inscrivant en faux contre ce qui ressemble à des manœuvres d’intimidation, quelque deux cents juristes européens de haut niveau (203 exactement provenant de 14 pays) ont signé le 10 décembre 2016, à l’occasion de l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, un texte s’élevant contre les tentatives de plus en plus fréquentes visant à faire taire le mouvement BDS, texte repris intégralement sur le site Politis. Il y est écrit noir sur blanc : « Les États et organisations qui considèrent que BDS exerce légitimement sa liberté d’expression ont raison (…) Les États prohibant le mouvement BDS compromettent ce droit fondamental. » Ce texte clair et concis, au bas duquel on retrouve les noms de sommités du Droit international, est marqué du sceau de la rigueur intellectuelle.

On ne peut pas en dire autant de certaines prises de position relativement récentes du Centre Simon Wiesenthal2. Ainsi, a-t-il volontairement tronqué une phrase d’un discours de Noël prononcé le 24 décembre 2005 par Hugo Chávez, en y ajoutant des termes pour le faire apparaître comme antisémite [Note du Grand Soir : voir liens plus bas ]. Celui-ci s’est défendu de tout antisémitisme et les accusations du Centre Simon Wiesenthal dans cette affaire ont été condamnées par de nombreuses organisations juives vénézuéliennes et états-uniennes. Autre exemple : en 2006, accordant foi à une rumeur non fondée – démentie par la suite − selon laquelle l’Iran s’apprêtait à imposer des signes distinctifs aux minorités, le rabbin Marwin Hier du Centre Simon Wiesenthal s’est fendu de ce commentaire : « Cela rappelle l’Holocauste. L’Iran s’approche de plus en plus de l’idéologie des nazis. »3

Cette reductio ad Hitlerum décrétée inconsidérément par le Centre Simon Wiesenthal à l’égard de certains présumés antisémites est comme le côté-face d’une pièce de monnaie dont le côté-pile pourrait être une abstractio ab Hitlero généreusement concédée au dalaï-lama. Par une étrange amnésie-amnistie, le Centre Simon Wiesenthal refuse de prendre en considération les témoignages, y compris photographiques, des contacts répétés et chaleureux du dalaï-lama avec notamment Heinrich Harrer, son précepteur nazi, Bruno Beger, un anthropologue actif dans l’Ahnenerbe et spécialiste du « racisme scientifique », Miguel Serrano, le chef du parti nazi chilien ou encore Jörg Haider, le nostalgique du 3e Reich4…

Il est vrai que le dalaï-lama, qui a plaidé pour la libération de Pinochet, n’a jamais levé le petit doigt pour la libération de Nelson Mandela. Peut-être ne voulait-il pas déplaire à l’État d’Israël qui a longtemps entretenu des relations très étroites avec le régime de l’apartheid… La raison invoquée par le Centre Simon Wiesenthal pour honorer le dalaï-lama est que ce dernier « a toujours servi de modèle de dignité dans la gestion des conflits ».

Il s’agit là d’une affirmation gratuite, qui ne résiste pas à l’analyse. Les faits mis en avant par l’historiographie moderne sérieuse montrent clairement que le dalaï-lama porte une lourde responsabilité dans le pourrissement de la « question tibétaine ». En 1984 d’abord, au cours de rencontres avec des dignitaires tibétains − initiées par Pékin après l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping qui désirait mettre rapidement derrière lui la question tibétaine (envisageant même le retour du dalaï-lama au Tibet sous certaines conditions) − les émissaires de Dharamsala sont arrivés à la table des négociations avec une nouvelle revendication qui n’avait aucune chance d’aboutir, à savoir la création d’un « Grand Tibet »5, ce qui aurait amputé la Chine d’un quart de son territoire et aurait entraîné l’expulsion des ethnies non tibétaines. En 1987 ensuite, optant pour la fuite en avant, l’« Océan de Sagesse » est venu chercher l’appui du « monde libre » en présentant devant la Commission des Droits humains du Congrès des USA un Plan de paix en cinq points, relevant du fantasme politique et de la provocation. Ce faisant, il savait très bien que, loin de contribuer à « gérer un conflit dans la dignité », cette initiative ne servirait qu’à compromettre le dialogue avec Pékin et à souffler sur des braises indépendantistes, toujours pas éteintes à ce jour6.

Et si la vraie raison d’honorer le dalaï-lama était plutôt son alignement sur la politique états-unienne de soutien inconditionnel (*) à la « seule démocratie du Proche-Orient » − dont le système n’est pas sans rappeler celui de la « démocratique » Afrique du Sud d’avant Mandela (que Washington a fini par lâcher) ? Un apartheid peut en cacher un autre.

Dans cette hypothèse, ce sont plutôt les autorités chinoises qui seraient en droit d’exiger des excuses de la part du Centre pour son alignement sur les positions condamnables du dalaï-lama à l’égard non seulement des Han, mais aussi des autres minorités du « Grand Tibet », lesquelles, selon le « gouvernement en exil » constitueraient « la plus grande menace pour la perpétuation des Tibétains en tant que race autonome 7 ».

Remarquons, pour terminer, d’étranges similitudes entre ces deux grandes ONG que sont le Centre Simon Wiesenthal (SWC selon les initiales en langue anglaise), fondé en 1977, et l’International Campaign for Tibet (ICT), fondé en 1988. Ces deux puissants lobbies sont basés aux États-Unis, le SWC à Los Angeles et l’ICT à Washington ; ils ont plusieurs succursales dans le monde : New York, Miami, Toronto, Jérusalem, Paris, Buenos Aires pour le SWC, et Amsterdam, Bruxelles, Berlin pour l’ICT. Selon diverses sources, ils compteraient sensiblement le même nombre d’adhérents, soit 400 000 membres chacun. Alimentés tous deux par d’énormes fonds privés et publics, tant le Simon Wiesenthal Center que l’International Campaign for Tibet participent, chacun à sa manière, à la (vaine) tentative de déstabilisation de la République Populaire de Chine, politique que les États-Unis ont amorcée il y a deux tiers de siècle et que les récentes déclarations de Donald Trump pourraient encourager.

André LACROIX

1 Voir les « fatwas » de Michèle Alliot-Marie, Harlem Désir et autres Manuel Valls.
2 Voir notamment, sur le site Wikipédia, la notice Centre Simon Wiesenthal, chapitre Polémiques.
3 Ajoutons encore qu’en 2007, le Centre Simon Wiesenthal a été condamné par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour diffamation envers le « Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens » − sentence qui allait toutefois être annulée par la Cour de Cassation, au nom de la liberté d’expression. 
4 Lire à ce propos : La « german connection » lamaïste – rien qu’un « cliché tibétain » ? par Albert Ettinger, 30/03/2015, sur le site www.tibetdoc.eu, rubrique : Dalaï-lama.
5 Voir notamment Melvyn C. Goldstein et Matthew T. Kapstein, Buddhism in Contemporary Tibet, Religious Revival and Cultural Identity, Presses de l’Université de Californie, 1998, p. 11-14.
6 À lire et à relire : le chapitre VII intitulé Indépendance ou autonomie ? de l’excellent petit livre de Maxime Vivas, Dalaï lama, Pas si zen. Max Milo, 2011.
7 Cf. la biographie du dalaï-lama en langue allemande : Das Buch der Freiheit, pages 253 et 368.

https://www.legrandsoir.info

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