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Syrie : François Hollande peut-il se rendre à Alep ?

10 Décembre 2016 , Rédigé par S. Sellami

La politique-fiction et la propagande à la sauce hollandaise continuent. On a désigné un triste inconnu (Brita Hagi Hassan?) maire d’Alep….

De mieux en mieux!

A ma connaissance, il n’y avait pas de Maire à Alep. L’administration de la ville est confiée au Gouverneur (Mouhafez) de la Région d’Alep et au Directeur de la Municipalité. Dans la métropole d’Alep, il y a autant de maires (moukhtar) que de quartiers (arrondissements).

Le nouvel-obs suggère au président d’aller faire une promenade à Alep ! Histoire de prendre l’air …d’un Mitterand ! C’est hilarant. Misérable politique étrangère de nos gouvernants actuels. [Gabriel B.]

alep-soldats-syriens

Après trois mois de siège, Alep est sur le point de tomber et d'être reprise par le régime de Bachar al-Assad. Dans un ultime espoir, le maire de la ville martyre, Brita Hagi Hassan, a fait une tournée médiatique pour implorer les dirigeants occidentaux d'agir plus efficacement pour "mettre fin à la mort". Comme dans un dernier sursaut, mercredi 7 décembre, six pays, la France, les Etats-Unis, l'Allemagne, le Canada, l'Italie et la Grande-Bretagne, ont appelé, dans un texte commun, à un "cessez-le-feu immédiat" pour permettre l'acheminement de l'aide humanitaire. Un appel, un énième, qui a toutes les chances encore une fois de ne pas être entendu.

Pour François Hollande, l'impuissance à arrêter le bain de sang en Syrie pourrait le poursuivre tant il a pu espérer un autre dénouement. En septembre, devant l'Assemblée générale des Nations unies, il avait lancé cet avertissement :

"La tragédie syrienne sera devant l'Histoire une honte pour la communauté internationale si nous n'y mettons pas fin rapidement."

Trois mois plus tard, la communauté internationale semble avoir capitulé.

Aller à Alep pour témoigner

A défaut d'absolution, des responsables politiques et des citoyens ont demandé au chef de l'Etat de se rendre à Alep et ainsi de témoigner devant le monde de l'enfer vécu par les habitants. Une pétition en ligne a même été lancée.

"Je trouve qu'un voyage du président français - et je suis sûr que les Russes et Assad n'oseraient pas bombarder Alep -, pour un appel à la trêve, pour un couloir humanitaire est une bonne idée. Je ne sais pas ce que cela peut déclencher mais ce serait le prolongement de son discours à la tribune de l'ONU, quand il disait 'ça suffit' [...] Cet appel d'Alep aurait une valeur symbolique incroyable et remettrait en lumière tout l'engagement que François Hollande a eu pour la Syrie", a estimé l'ancien eurodéputé, Daniel Cohn-Bendit sur Europe 1.

Interrogé par "l'Obs", l'ancien ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, nous a confié avoir longtemps travaillé sur cette idée : 

"J'espère qu'il ira. Ça aurait un sens pour l'humanité, d'intérêt pour les souffrances humaines, pour témoigner et même faire pression. Mais je ne me fais aucune illusion : arrêter Alep, au moment où la sinistre coalition qui bombarde est en train de l'emporter me paraît tardif. Mais ça ne fait rien, il faut le faire, il faudrait le faire."

Pour l'ancien "french doctor" qui avait accompagné François Mitterrand en juin 1992 lors d'une visite-surprise à Sarajevo en pleine guerre, la partie est jouable et porterait un message symbolique. Selon lui, le chef de l'Etat doit y aller "pour montrer que ce fameux pays des Droits de l'Homme qui, déjà n'a pas accueilli de réfugiés, se bouge un peu."

Une visite compliquée à organiser

A l'Elysée, on assure que "la priorité du président n'est pas de se rendre sur place", "ce n'est pas à l'ordre du jour", insiste-t-on.

"Le président fait tout ce qu'il peut pour aider Alep, mais on n'est pas dans la politique spectacle."

"Ce n'est pas ça qui va aider des milliers de gens qui sont déplacés ou dans des souffrances abominables. La priorité est de tout faire, en particulier au niveau humanitaire, pour sortir ces personnes de l'horreur qu'elles vivent. C'est de tout faire pour que les résolutions passent et que les Russes arrêtent de bloquer les trêves, de faire en sorte que les hôpitaux puissent fonctionner. Le président est dans l'action."

Concrètement une visite d'un chef de l'Etat à Alep semble compliquée à organiser. Contrairement à la visite express en Bosnie de François Mitterrand où des troupes internationales avaient été déployées, la Syrie est un pays en guerre, sans relais sur le terrain, avec lequel la France n'a plus de relations diplomatiques et dont elle ne reconnaît pas le gouvernement. Le dispositif logistique existe puisque des avions français - et américains - volent dans cette zone, mais cette démarche ne pourrait se faire qu'au terme d'un accord explicite, au moins avec les Russes, qui sont les maîtres du ciel. Hollande ne pourrait pas faire un passage en force, sauf à jouer les héros. Selon le jugement d'un expert, bien sceptique :

"Qui demandera l'autorisation de vol ? Où le président atterrirait-il ? Où ira-t-il ? Serait-il en sécurité ? Vous pensez vraiment que le régime d'Assad autoriserait le chef de l'Etat français à se rendre à Alep ? Et parce que nous n'avons plus de relations, la France ne le demanderait pas."

Avant d'ajouter : "Une telle visite poserait des problèmes logistiques, mais aussi diplomatiques. C'est une zone de combat dans laquelle nous ne sommes pas impliqués. Il y a de telles divergences dans les approches du conflit syrien entre les Etats, notamment la France... Un chef d'Etat porte une vision nationale du conflit. Si une autorité devait pénétrer à Alep, ce serait une autorité internationale qui incarne une forme de légitimité ou qui pourrait représenter une communauté internationale comme le Secrétaire des Nations unies ou son envoyé spécial."

Des parlementaires à Alep ?

Bien sûr, une telle visite ne changerait pas le cours des choses et ne ferait pas oublier l'impuissance de la communauté internationale. "Ce déplacement aurait, sur le plan symbolique, une grande importance. Mais un voyage d'Hollande à Alep ne permettra jamais de laver notre part de responsabilité dans la situation actuelle", juge François Burgat, politologue et directeur de recherche à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman à Aix-en-Provence. Il regrette : "Nous avons été les artisans du processus qui nous a conduits à cette impasse. Cette impasse, nous y sommes parce que nous avons fait le choix en 2014, terriblement contre-productif, du tous contre Daech et seulement contre Daech. On a dit très explicitement qu'il nous paraissait nécessaire de maintenir Bachar al-Assad pendant tout le temps où Daech ne serait pas vaincu. On a nié l'existence de toute force politique et légitime entre Bachar al-Assad et Daech. On peut maintenant manier les symboles, faire des moulinets avec les bras et dire qu'on va essayer de sauver, non pas les Syriens, mais les meubles de notre respectabilité."

Des parlementaires français, emmenés par Cécile Duflot, ont décidé mercredi de se rendre sur place. La député écologiste dit avoir répondu à l'invitation du maire d'Alep et avoir déjà réuni une quinzaine de parlementaires de tous les bords politiques dont Hervé Mariton (LR), Stéphane Demilly (UDI), Hervé Féron (PS), Alexis Bachelay (PS), Aurélie Filippetti (PS) et Patrick Mennucci (PS).

"Il y a une réelle urgence. Le maire d'Alep-Est a prévu de rentrer le 16 décembre, on essaye de partir avec lui, même si nous sommes conscients des conditions de sécurité. L'idée, c'est d'aller à Gaziantep (en Turquie), de pouvoir traverser la frontière à cet endroit et de voir" s'ils peuvent atteindre Alep, explique Cécile Duflot à France Info.

"On ne peut pas accepter de baisser les bras. Le message essentiel, c'est que nous ne baissons pas les bras", conclut-elle.

Sarah Diffalah

http://tempsreel.nouvelobs.com/

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