LETTRE OUVERTE À MONSIEUR ABDELMALEK SELLAL.

Publié le par S. Sellami

A l’aimable attention de monsieur Abdelmalek Sellal
Premier ministre et chef du gouvernement de la RADP.

Son excellence Monsieur le premier ministre,

Ce n’est pas un simple citoyen Algérien qui a très mal de son pays qui s’adresse à vous,mais aussi un ancien voisin de sidi Mabrouk,un ami d’enfance,un frère cadet,un petit gars du quartier dont les parents, les familles et nous de même étions des amis très proches.

Je me souviens au début des années 60, du grand Abdelmalek dit  » echef », ameutant de bon matin tout le quartier,pour prendre la tête de la procession des élèves de la rue Marcel bel et la rue canal pour les conduire à l’heure à notre lycée Réda Houhou situé à l’extrémité du rocher de Constantine, face au majestueux pont suspendu,dans le cœur de souk El asr et charaa lihoud( quartier juif de Constantine).
Le soir, en fin de journée après les 2 heures de consignation obligatoire de 5 à 7, que nous appelions « études », vous nous reconduisiez chez nous comme un grand chef, tous,sains et saufs à travers l’obscur chemin forestier connu sous le nom de  » essenoueber ».
Il en était ainsi toute l’année,sauf pendant les vacances.
les samedi,dimanche et autres jours fériés,c’était les interminables parties de foot á l’hippodrome ( el corse ), ou bien les mémorables parties de dominos où vous étiez imbattable.
Vous étiez toujours le centre d’attraction de tous nos amis,les vieux comme les jeunes.
( la journée avec vous était très courte) tant le monde se tordait de rire de vos blagues et se bidonnait a n’en plus finir de vos farces.
Quelques fois derrière le comptoir de la boulangerie de votre père Ammi Moussa et son associé Ammi Boudjemaa( Allah yarhamhoum), vous nous gaviez gratuitement de petits pains chauds et autres délicatesses que l’indigence et la pauvreté nous empêchaient d’y avoir accès.vous aviez le sens du partage,de la bonté et de la solidarité.
Je prend Dieu à témoin.vous aviez toujours la main sur le cœur.Bon sang ne trahit jamais comme on dit.
Mabrouk,Hassan,Rachid,Salim vos frères ainsi que toutes vos autres sœurs incluant Zoubeida l’aînée (allah yarhamha), vous incarniez la bonne éducation,les bonnes valeurs,la bonté,la générosité,la simplicité et l’amitié franche et sincère que vous a inculqué un grand homme hyper respecté de tous: Ammi Moussa El khobaze ( Allah yarhamou) ,qui nous appelait : » ouladi », pour lequel nous avions un respect presque divin,car c’était pour nous un père qui nous aimait et que nous aimions beaucoup comme nos pères.
Apres le bac et votre admission á l’école nationale d’administration,il m’arrivait de vous rencontrer et de passer quelques moments avec vous á Dely Brahim,car moi même,je suis arrivé à Alger 2 années plus tard et j’habitais le campus de benaknoun.
nos relations empreintes de respect étaient celles d’un frère cadet á son frère aîné ,car vous êtes légèrement plus âgé que moi et me dépassez de 2 ans seulement.
Compte tenu de l’éducation que nous ont inculqué nos parents ,je vous vouais ,ainsi qu’à tous les aînés du quartier et de votre promotion, le respect du á des frères
dont le droit d’aînesse est consacré par nos traditions et notre culture ancestrale.
Je vous ai revu en avril 1976 á Guelma ,aprè ma libération du long service national de 34 mois. Vous m’aviez aidé légalement à établir un passeport et accéder au sésame de l’évoque ; une autorisation de sortie,que vous aviez eu la grande gentillesse de m’accorder contre présentation d’un certificat d’hébergement d’un cousin de Tunisie.
en ces temps,il y’ avait moins d’argent,moins de liberté mais plus de bonheur,car aucun Algérien ne se faisait tabasser publiquement sous l’œil des caméras et les candidats à l’exil étaient rares,surtout parmi les cadres et les universitaires.
Qu’en est il aujourd’hui ?
Notre 2eme rencontre á eu lieu à Tamenrasset en 1980, ou ,égal à vous même,vous m’aviez reçu lors d’un voyage privé, en toute simplicité,fraternité et grande amitié.
J’ai d’avantage aimé et apprécié l’ami de Tam,car c’était une mixture de la tradition raffinée de Constantine, et les mœurs ancestrales épicées par la culture hospitalière des hommes bleus du désert.                                                             Je ne me suis pas retenu de le dire á Rachid votre frère cadet ( mon excellent ami d’enfance) á mon retour à hassi R’mel ou nous travaillions tous les 2.
Notre 3eme rencontre ( accidentelle celle la) a eu lieu à l’aéroport international de Carthage à Tunis en 1996. vous étiez en mission pour le compte du ministère des affaires étrangères et moi je revenais de Dakar pour regagner le Canada,car j’avais déjà immigré depuis quelques années                                       

J’étais extrêmement content de vous revoir tout en étant navré d’apprendre de votre bouche que votre fils s’était brûlé et qu’il nécessitait des soins en Tunisie.
Je me suis mis à votre disposition pour vous offrir toute l’aide possible en cas de besoin,en vous remettant les coordonnées de notre bureau tunisois.j’ai chargé mon partenaire á Tunis de répondre à tout appel de votre part ou de votre famille.il n’y en a jamais eu.

20 ans plus tard,en date du 06 janvier 2016, j’ai fais une demande d’audience pour rencontrer le chef du gouvernement que vous êtes,afin de vous dire de vive voix l’injustice qui prévaut malheureusement sous votre gouvernement et porter à votre connaissance ma triste expérience personnelle,ou la justice corrompue m’a dépossédé de mon logement au profit d’un parent « ex « colonel faussaire.

Ma requête et ma plainte sont demeurées sans suite depuis cette date et malgré mon âge,et mon expérience de vie,j’ai fini par rejoindre l’immense majorité de mes compatriotes qui sont seulement 5% á penser que l’Algérie est un pays où règne la loi et la justice.

Le 06 février 2016,j’ai eu le plaisir de vous rencontrer dans une ambiance funéraire,lors du décès de feue votre sœur aînée Zoubeida,( Allah yarhamha), à sidi Mabrouk,entouré de vos frères ,la famille élargie et quelques amis d’enfance perdus de vue depuis 3 décades,
Nos amis d’enfance ainsi que moi même n’ont pas eu le plaisir de vous parler longuement, ni partager avec vous,car vous n’étiez plus l’ami ,le voisin,le frère Abdelmalek ,mais un chef de gouvernement hyper entouré,protégé,et soustrait à notre présence par les services de sécurité,les officiels nationaux et locaux ,ainsi que par une faune d’opportunistes venus de toutes parts aux frais de l’état pour soit disant partager la peine et la douleur de la famille Sellal.
Sachant que vous êtes loin d’être dupe, vous aviez certainement remarqué les fausses mines compatissantes de toute la raclure politicienne venue se montrer au cimetière central de Constantine ce jour du 6 février 2016.
Comme vous ne l’ignorez pas,l’événement politique majeur en Algérie est l’enterrement ou les vivants se rencontrent pour retisser les liens perdus,se repositionner,comploter, brosser,plaire,se montrer disponibles et soumis au maître du moment pour espérer un regard,un sourire qui fera remettre le cavalier de l’apocalypse en selle éventuellement.
l’arme magique est la fausse compassion et les larmes de crocodiles, en plus de la brosse lustrante,seul outil dont usent et abusent tous les idolâtres incompétents que vous connaissez mieux que nous tous, car ils sont avec vous,autour de vous.

Ils sont la raison majeure,sinon l’unique raison de la descente aux enfers de notre pays,qui aurait pu faire partie des ligues majeures de ce monde.
lors des funérailles,votre frère Rachid qui était en ma compagnie avait la nausée et une forte envie de vomir, tant la bassesse de certains officiels ( ministres et autres) était exécrable.
Voir des ministres de la république,se mettre dans leurs petits misérables souliers pour saluer et embrasser un simple citoyen parce qu’il est le frère cadet du premier ministre, en espérant qu’il se souviendra.
j’ai eu moi même droit à des  » bousbous  » immérités,car on me confondait, on pensant que probablement j’avais de la consanguinité . On ne sait jamais ,peut être que ? Au cas où? matadriche? balak? Si je suis avec le frère du chef c’est sur que…. fiha choufa.
Ceci dit,j’ai été forcé et contraint de rappeler brièvement ce passé pour montrer à tous les algériens qui ne vous ont pas connu , qui ne connaissent pas votre famille,qui ne savent pas que vous êtes un enfant du peuple qui a grandit parmi les siens et á eu une enfance et une adolescence modeste et dépourvue de luxe, comme la notre.

Pourquoi je vous écris aujourd’hui ?
J’aurai aimé avoir la liberté de vous tutoyer,mais au niveau où vous êtes, je vous dois le respect et la considération dus à tout chef de gouvernement.
Mon but n’est pas de vous encenser, vous plaire,vous solliciter pour un service et encore moins pour un passe droit.bien au contraire,je suis extrêmement critique par rapport aux dérives que je constate dans mon pays et ne saurai , même au titre d’une amitié cinquantenaire, me taire ou cautionner par un silence complice.

ma voix est celle d’un citoyen qui entame le dernier parcours de sa vie et qui malgré l’exil , est resté très attaché à ses racines,á sa terre et á son peuple.
je vous ai écris un jour une lettre pour vous demander de tout faire en votre pouvoir pour abolir la hogra dans notre pays et permettre à tous les citoyens Algériens d’être égaux devant la loi.ce sera un énorme acquit.
c’était et ça reste mon vœux le plus pieux.
Cependant je ne serai pas naïf,pour croire que vous avez seul, les clés et le pouvoir ou du moins le désir,pour réformer ce système et l’humaniser et le transformer á l’image de la personne que j’ai décrite plus haut.

celle de laquelle je garde un souvenir et une amitié impérissables.j’ose espérer que vous êtes encore cette personne que je garde dans mes bons souvenirs.
Je vous écris donc,en tant que citoyen Algérien vivant á l’étranger qui a très mal de voir encore autant de dérives dans son pays,d’atteintes odieuses aux droits de l’homme,d’oppression,de répression se pratiquer sur mes concitoyens dont le seul tord est de revendiquer plus de liberté,plus de démocratie et l’espoir de mieux vivre chez eux en élevant des enfants dans la dignité et la citoyenneté.

Nous vivons en tant que minorité dans un pays étranger qui a fini par devenir le notre,tant le respect et là considérations qui nous sont dus n’ont pas de limite.
Pourquoi alors nos frères Algériens ne jouissent -ils pas de ce respect chez eux,de la part de leur gouvernement au point où la décérébration semble être une politique voulue,et l’avenir de notre jeunesse incarné par une barque,une chaloupe,et une escapade maritime dangereuse et illégale dans un ailleurs qui n’est pas l’eldorado ?
Le pays est entrain de se vider de ses meilleures ressources.arrêtez l’hémorragie s’il vous plaît,en créant le minimum de conditions pour que les Algériens puissent vivre tranquillement chez eux et réapprendre à aimer leur pays au lieu de le quitter.
Nous mêmes,aurions aimé regagner notre terre et inciter nos enfants qui ont fait de brillantes études dans de prestigieuses universités à se mettre à la disposition de notre pays.
Malheureusement vous nous renvoyez des images qui nous rappellent les mêmes conditions,sinon pires encore que celle qui ont motivé notre départ et notre exil.
Il sera très difficile de motiver de vieux briscards comme nous de revenir ( sauf pour y être enterrés), et encore moins nos enfants qui ne connaissent de l’Algérie que ce que rapportent les réseaux sociaux,les documentaires négatifs et l’exclusion constitutionnelle que vous leur avez offert avec l’article 51 qui fait d’eux des citoyens de seconde zone,alors qu’ils brillent de tous feux á la grande satisfaction de leurs employeurs et leurs pays d’adoption.
Si Abdelmalek,
Vous êtes comptable devant Allah,l’histoire et vos concitoyens.
il n’est pas trop tard de faire sourire les Algériens ,vous qui êtes sympathique pour les faire rire.
Apres les bastonnades des enseignants,des médecins,des syndicalistes,des professeurs de sciences po,des étudiants en pharmacie et bien d’autres,les emprisonnements d’opposants politiques ou simplement de donneurs d’alertes facebookistes,voila que vos services de polices se mettent à plusieurs pour agresser lâchement un pauvre citoyen désarmé,dont le seul tort est de vouloir aller faire la prière de sa joumouaa comme la majorité de ses concitoyens.
Ils ont fini par lui briser l’os de son pied et le renvoyer chez lui, plâtré en chaise roulante. Pourquoi cette hogra?
Et si c’était votre frère,votre fils,votre parent,votre ami? Quelle aurait été votre réaction monsieur le premier ministre?
Sommes nous au temps de l’apartheid ou á Hebron sous occupation sioniste?
je ne le pense sincèrement pas.
en Israël les israéliens sont les ennemis des palestiniens.
en est il de même en Algérie ? Votre gouvernement et vos services de sécurité seraient ils devenus les ennemis du peuple Algérien ?
Les Algériens que nous sommes n’ont pas faim car le pain nous manque.
Nous avons faim et soif de justice,de respect,d’égard,de considération,de protection et de sécurité de la part de nos dirigeants.
Ne laissez pas le pays aller à la dérive en restant insensible et sourd au cri de douleur de notre peuple et sa profonde souffrance.votre gouvernement et vos ministres ont la pathologie de l’autisme. Il est grand temps qu’ils nous écoutent.
L’avenir s’annonce difficile et vous ne pourrez rien,sauf l’échec garanti,quand le peuple ne vous soutient pas et vous tourne le dos.
protégez ce pays et ce peuple au nom de Dieu et en mémoire aux chouhadas.
Je ne vous rappèlerai jamais tant, celui qui a dit:
« Dieu ,préservez moi de mes amis, mes ennemis,je m’en charge ».
Salam Alaykoum
Mes salutations fraternelles.

Abdelouahab (Adel) Djebbar.
Montreal Canada.

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