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VÉRITÉ COLONIALE

7 Mars 2017 , Rédigé par S. Sellami

"LA DOMINATION D'UN PEUPLE PAR UN AUTRE, EST UNE ATTEINTE À LA DIGNITÉ, UN CRIME CONTRE L'HUMANITÉ"

La polémique autour de la déclaration de Emmanuel Macron a mis en exergue la crise identitaire que traverse la France, la perception discriminatoire d'une partie des élites envers une frange de la population. "La colonisation fut un crime contre l'humanité". Ce propos du candidat Macron, sur un pan peu glorieux de l'histoire de France, ravive chez certains la flamme haineuse. Feu ardent attisé par le contexte électoral. Ce débat indigne est une insulte à l'endroit des anciens colonisés aux souffrances indescriptibles.

Dans la chanson "Le temps des colonies" Michel Sardou dit "Moi Monsieur j'ai fait la colo [...] Moi Monsieur j'ai eu la belle vie, au temps béni des colonies. Les guerriers m'appelaient grand chef au temps glorieux de l'AOF, j'avais des filles sur mon képi au temps béni des colonies. On pense encore à toi oh bwana. Dis-nous ce que t'as pas on en a". Dans cette chanson satirique de 1975, tout est dit; l'esprit de domination, l'appât du gain, l'infantilisation, la concupiscence et le fantasme du partage de la culture française cher à François Fillon et à un "quarteron de politiciens bientôt en retraite". Méconnaissance de l'histoire, ignorance du droit national et international, irrespect et ingrédients nauséabonds du racisme s'étalent dans les médias, laissant des traces dans les esprits, lacérant la cohésion nationale.

Rappelons que le code pénal français en son livre2 énumère les différents crimes contre l'humanité. Au chapitre 1, le génocide; au chapitre 2, les autres crimes contre l'humanité. L'article 212-1 dispose: "Constitue également un crime contre l'humanité et est puni de la réclusion criminelle à perpétuité l'un des actes ci-après commis en exécution d'un plan concerté à l'encontre d'un groupe de population civile dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique".

Citons quelques exemples : "L'extermination; la réduction en esclavage; la déportation ou le transfert forcé de population; la torture; le viol, la prostitution forcée, la stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable; la persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d'ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste ou en fonction d'autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international; les actes de ségrégation commis dans le cadre d'un régime institutionnalisé d'oppression systématique et de domination d'un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans l'intention de maintenir ce régime".

N'y a t-il pas eu massacres de populations, bannissement des religions et croyances au profit du Dieu du colonisateur, ségrégation théorisée par le code de l'indigénat ?

La colonisation ce sont les mains que l'on coupe car la récolte ne correspond pas à l'exigence du colon. C'est la forêt amazonienne que l'on défriche depuis des siècles au mépris des populations locales. Ce sont les aborigènes, les "amérindiens" que l'on parque dans des réserves après les avoir dépossédés de leurs terres ancestrales. La colonisation ce sont les guerres de conquêtes au cours desquelles on trucidait sans retenue. Dans les revues coloniales on exhibait les têtes coupées des indigènes récalcitrants à la généreuse "œuvre civilisatrice". La colonisation ce sont tous les colonisés de l'empire que l'on exhibe dans les zoos humains. C'est l'infâme déportation des villageois pour la construction du Congo-Océan! André Gide écrit que chaque traverse de cette voie ferrée a coûté une vie humaine, une vie africaine. La colonisation est l'infériorisation systématique de l'autochtone. Contre cet asservissement, des êtres se sont dressés avec honneur, courage et sens du sacrifice.

Hommage à l'Empereur Atahualpa, à Weetamoo, à Louis Delgrès, à Toussaint Louverture, à Lat Dior, à Solitude, au Roi Béhanzin, à Tarénorérer, à Néru, à l'Almamy Samory Touré, à Boukman, à Julius Nyéréré, à Té Kooti, à Aline Sitoé Diatta, à Nat Turner, à la Reine Rosalie Gicanda, à Ho Chi Minh, à Ruben Um Nyobè et Felix Moumié, à Amilcar Cabral, à AbdelKrim Al-Khattabi, à la Reine Pokou, Kwamé Nkrumah, la Reine Ranavalona lll, à Nelson Mandela et à tant d'autres entrés dans l'histoire de la résistance à la colonisation.

 

Les violences policières racistes sont les avatars de la colonisation. Trayvon Martin, Michael Brown, Eric Gardner, Adama Traoré que l'on tue. Théo que l'on humilie dans sa chair.

Si la colonisation n'est pas un crime contre l'humanité alors le pillage des richesses d'un peuple, même inexploitées, n'est pas un crime. Si la colonisation n'est pas un crime contre l'humanité alors la torture n'est pas un crime. Si la colonisation n'est pas un crime contre l'humanité alors le viol n'est pas un crime.
Si créer des pays aux frontières artificielles, amener des peuples à y cohabiter par la force n'est rien, alors la colonisation n'est pas un crime contre l'humanité. Le fruit de la colonisation n'est-il pas un ensemble de biens mal acquis ?

À force de ruser avec les principes d'égalité, de nier l'évidence et de tronquer l'histoire, l'esclavage et la colonisation sont des passés de plus en plus présents.

Par la politique monétaire qu'elle impose, la France maintient les pays d'Afrique dits francophones dans une dépendance à l'ancienne métropole et une pauvreté endémique. L'arme utilisée est le Franc CFA, monnaie "africaine", fabriquée en France, résidu nocif du diktat colonial dont beaucoup d'africains ne veulent plus. Le CFA prive tous ces pays d'une souveraineté économique, d'un réel développement, d'une industrialisation, de politiques publiques efficientes. Ajoutez-y la corruption et la mal gouvernance et le cocktail prend le goût amer d'un avenir hypothéqué.

Les personnes "autorisées" à s'exprimer dans les médias français sur le fait colonial se focalisent sur l'Algérie. Comment les colons français d'Algérie pouvaient-ils légitimement croire que cette terre était la leur sans fraterniser avec les autochtones ? 
Un autre monde est possible. Chaque génération a le pouvoir d'assumer ou de trahir sa mission. C'est un des préceptes que nous a légué Frantz Fanon, français d'origine martiniquaise qui a donné sa vie pour la liberté des algériens.
Dans ce négationisme français, le plus humiliant est le silence assourdissant des dirigeants africains.

Pourquoi faudrait-il que la notion de crime contre l'humanité soit juridiquement définie par les anciennes puissances esclavagistes et colonialistes ? 
Ainsi, nous, descendants d'esclaves, de colonisés, de colonisateurs, nous, néocolonisés, lançons un appel. Nous demandons aux états nés du crime colonial d'intervenir dans ce débat au nom de la légitimité et de la dignité, de légiférer et d'adopter un texte qualifiant la colonisation de CRIME CONTRE L'HUMANITÉ, d'instaurer une journée officielle de recueillement à la mémoire de toutes les victimes de la colonisation.

Cheikh Anta Diop pensait qu'en ne travestissant plus l'histoire nous pourrions construire une grande civilisation pour ne pas sombrer dans la barbarie. Il convient désormais à l'Occident d'accepter le monde dans sa diversité d'opinions, ou d'affronter la colère légitime des laissés-pour-compte dont les aïeux furent les victimes de la férocité coloniale.                                                                                                                                                                                           Claudy Siar                                                                                      Mouvement Génération Consciente

 
Claudy Siar                                                                                                         Mouvement Génération Consciente 

https://www.change.org

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