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RipouxBlique des CumulardsVentrusGrosQ

Sétif en GRAND -- Sétif autrefois… repères et symboles

1 .A Sétif l’épi connaît sa floraison au mois de mai. Ailleurs aussi. La différence c’est que dans cette contrée où l’on compte plus de 832 chahid intra-muros, le Mai ne se compte  plus comme une mensualité d’une éphéméride. Qu’il soit de calendrier grégorien ou hégirien. Ce n’est plus une chronologie, ni un repère temporel. C’est une éternité. Un arrêt mobile. Terrible et atroce, mais rédempteur. L’histoire est ici comme une hirondelle. Aux premiers bA Sétif l’épi connaît sa floraison au mois de mai. Ailleurs aussi. La différence c’est que dans cette contrée où l’on compte plus de 832 chahid intra-muros, le Mai ne se coourgeons, le souvenir se lève altier pour venir pointer ses affres dans chaque cavité citoyenne. Il se réveille, en désobéissance à l’oubli et vient chaque année encore tarauder l’amnésie. Il le fait comme le fera un papillon raflant dans la stricte douceur le nectar vivifiant. Le printemps est le signe de la beauté et du merveilleux. Mais, Mai à Sétif est autre chose. Le Mai d’une année qui passe sera un autre mai pour une année qui se consomme. Que le 8 Mai 1945 reste une date historique dans l’éveil des cœurs. Le sursaut national n’était en finalité que salutaire. Il est aussi une évocation, une perception et une autre première conscience. Itérative et recommençant le décompte du 8 jusqu’à l’infini. La narration de l’évolution historique des nations a été de tout temps empreinte de hauts faits et de mémorables moments. L’histoire de l’Algérie combattante demeure dans toute sa dimension, une leçon de bravoure, une démonstration de l’effort et un accord dans les énergies patriotiques variées. Le 8 mai devrait ainsi être perçu par tous comme un crime atroce impardonnable tant la froideur du meurtre commis à grande échelle est restée là, simplement dans le discours. Justice doit être rendue. Il ne s’agit pas d’un banal homicide. Le temps y a consigné gravement un génocide interrégional. Sétif, Guelma, Kherrata, Constantine et autres bourgs sont en permanence dans un état de veille. Cette attente ne saura connaître son épilogue sans qu’il y ait un châtiment à juste valeur de la barbarie subie. L’union de la nation, sous peine d’explosion, doit savoir comment négliger le goût volcanique, impropre et impur, qui remue l’esprit des prétendants au « trône » de l’Histoire. Les péripéties douloureuses de l’Histoire vont et s’étendent de l’occupation à l’indépendance. Rien ne différencie un fait d’un autre. Des événements génocidaires de 1945 à l’expérience chimique aux essais nucléaires de Reggane, passant par les enfumages de douars et de déchras, l’unité de la demande doit être unique et exclusive. La repentance, la reconnaissance et le dédommagement sont, par principe une voix nationale vers la voie de la raison et de la justice universelle. Ainsi l’ensemble du corps social sétifien voudrait en faire un indicateur digne et fort de la longue marche vers l’indépendance. C’est une station importante dans la postérité de la région, voire de la nation

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2 -Les portes 
La ville de Sétif était ceinturée par un nombre important de portes. Le mur d'enceinte qui aurait été édifié sinon fortifié par l'armée coloniale sur les vestiges de la muraille byzantine comportait 4 portes, celle d'Alger, de Biskra, de Constantine et de Bejaia. Cependant, une nouvelle porte avait été réalisée par la suite à l'extrémité est des deux lycées actuels Mohamed-Kérouani et Malika-Gaid. On l'appelait « bab djid ». Nouvelle porte. La tradition orale, à défaut d'histoire express ou d'édits à portée de main, affirme que toutes les portes de Sétif auraient été démolies, autrement dit, démantelées pour permettre aux engins très lourds et encombrants des forces alliées engagées dans la Seconde Guerre mondiale de s'offrir une pénétration urbaine facile et aisée. Notons cependant qu’il ressort de quelques textes épars traitant du sujet que ces accès, entrées principales de la ville, auraient été érigés au courant de l'année 1872. Date à laquelle Sétif commença à connaître un début d’urbanisation. Seule la porte dite de Bejaia, du moins l'ouvrage double arc-voûté en pierres qui la cadrait et qui se nommerait « Porte de Napoléon » existe encore à l’entrée sud du parc d’attraction. Ces œuvres contenaient en tant que telles des portes à double battant constituées de bois dur et assorties d'une ferronnerie serrurière de l'époque d’entre loquets, système de fermeture, verrous, pentures et gonds à sceller et autres métallerie artisanale. 
Où sont donc passées ces portes? Elles existent toujours, ces portes en bois. Elles sont entreposées au niveau du parc communal. Nous les avons vues. A les voir là où elles sont, défiant l’usure et le temps, la nature et ses caprices ; une réincarnation vous met en face de ce qu’elles purent subir comme agression. Gisant dans un mutisme meurtrier depuis très longtemps, soit depuis 1942, date probable de leur disparition, ils sont là en attente d’autre chose. Ces portes, grands panneaux en bois, servent à ce jour comme mur de soutènement à un logement de fonction sis au sein même du parc municipal. Elles forment en vérité un rempart sur lequel est adossée cette construction. Au moins ainsi elles ont échappé à la destruction idiote ou à leur livraison en bûches aux âtres des cheminées. Un travail peu coûtant peut remettre en relief ces « œuvres ». A la place du jet d’eau toujours tari du rond-point de « bab Biskra » une reconstitution de la construction initiale de ladite porte, ferait belle œuvre. Le rond-point de trémie de Tbinet, comporterait la copie de la porte de Constantine et ainsi de suite pour toutes les portes qui restent. Elles n’ont rien de sentiment colonial. Leur réinstallation n’affectera en rien l’histoire. Bien au contraire elle permettra au moindre coût de ressusciter une mémoire urbaine et de l’esthétique pas plus. Loin de toute polémique politicienne ou « révolutionnaire ». Elles semblent vous dire dans leur triste désolation Monsieur le Wali, s’il vous plaît, faites quelque chose ! 
Sétif en GRAND

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3- La medersa
Dans le faubourg de la gare (langar) à 10 mètres à vol d’oiseau de l’actuelle wilaya, il y avait dans le temps une parcelle de terrain inoccupée. Les différents témoignages corroborent la thèse selon laquelle c’est une dame sétifienne qui en aurait fait don à l’association des oulémas musulmans. Ce fut en l’an 1948. C’est sous les auspices justement de cette association que l’école « arabe » la medersa fut créée. L’entrepreneur qui la réalisa serait Ketfi Allaoua. Le financement provenait de l’association et des œuvres de bienfaisance dont faisaient preuve les âmes charitables et les esprits généreux. Elle faisait partie des 143 écoles érigées à travers le pays dont Dar el hadith à Tlemcen. En fait, cette école est venue rassembler en un seul site les classes déjà fonctionnelles mais éparpillées à travers la ville. 
La première rentrée scolaire, après la bénédiction inaugurale de cheikh El Ibrahimi, eut lieu le 1er janvier 1950. Elle aurait pu réunir quelque 380 élèves. L’organisation pédagogique était scindée dans le temps en cours du jour et en cours du soir. Ceux-ci s’exerçaient de 17heures à 19 heures au profit des enfants scolarisés normalement aux écoles publiques. Le régime étant mixte, on y voyait, sans nul tabou dans la même rangée des garçons et des fillettes. Dire que les oulémas en savaient quoi dire et quoi faire. Le régime scolaire y pratiqué s’étendait de la première à la cinquième années au bout de laquelle un examen d’aptitude devait s’effectuer à Constantine auprès de l’institut Ibn Badis. Les lauréats eurent la possibilité de poursuivre les études, après Constantine, soit à Tunis, soit au Caire. Si Aissa Zerroug et Tahar Debbah furent parmi ceux qui allèrent au Caire. 
Comme le corps professoral était composé d’érudits enseignants, tels que Si Adel, Kaddour Belfradj, Kara, Abdelhamid Benhala, Torki Lamamra (docteur), Salah Bentama, Hafnaoui Zaguez (écrivain), la direction fut aussi assurée par des illustres personnages à l’image de Ali Marhoum, puis par Boualem Baki qui se trouvait à l’époque sous une mesure judiciaire l’assignant à résidence à Sétif. L’enseignement y prodigué visait d’abord à fournir l’apprentissage de la langue arabe. Les sciences, l’histoire, la géographie et l’arithmétique furent des matières aussi essentielles que l’initiation à la prière et au chapitre « el ibadat » dans le fikh islamique. La medersa produisit plus de 1000 élèves, en l’espace de sa courte durée. Car, devenue un nid de patriotisme, l’autorité coloniale décida de sa fermeture en 1957. Son directeur d’alors M. Adel fut porté disparu. Elle se dénomme actuellement Ecole Bachir El Ibrahim

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4- Le lycée
Le nom de Kérouani résonne encore dans les longs couloirs et les vastes salles de ce lycée. Il ne s’agit pas de l’élève Mohamed Kérouani, cet écolier qui fréquenta les bancs de ce collège de Sétif d’octobre 1942 au 22 février 1954, mais du vaillant lycéen, enfant de la ville tombé au champ d’honneur le 16 octobre 1961. Construit en 1872, cet ensemble scolaire d’une superficie de 26 380 m² connut différentes appellations. De l’Ecole coloniale à l’Ecole mixte de Sétif et Nouveau Lycée, il prit le nom d’Eugène-Albertini et ce, à partir de 1951. Il est considéré comme l’un des plus importants établissements scolaires d’avant-indépendance, à l’instar de Bugeaud d’Alger, Saint-Augustin de Annaba et Hihi-Mekki de Constantine. Il avait accueilli en ses préaux et dortoirs les enfants internes de tout le département de Sétif de l’époque Bejaïa, M’Sila, Bordj Bou Arréridj, Jijel et parfois ceux des Aurès. Feu Abdelwahab Benboulaïd, fils du grand héros des Aurès, y a fait ses études en 1962-1963. Si maintenant, chaque levée de regard à l'égard de ce monument rappelle un temps accompli, chaque passage sur les flancs de ses bâtiments suggère le rappel d'un fait coquin, d'un geste puéril ou d'une intention buissonnière, la méditation est irrésistible quand l'esprit s'évade avec douceur de la morosité de ce jour pour se laisser voguer libre au rythme du temps d'alors et flâner, élève de l'époque, dans l'espace des quatre cours ou sur l'asphalte de la cour sud. Là, l'émotion vous étouffe. Le soupir vous étrangle au moment même où le souvenir caressant vous ligote sans liens ni menottes, pour vous mettre volontaire et sans défense face à des visages de personnes connues.
Beaucoup de ces visages s'extirpent à l'instant de la remémoration et se greffent au vôtre. Il y en a des martyrs, il en reste des survivants. La mort post indépendance a fauché dans la fatalité ceux qui ont survécu. Du 8 Mai 1945 au 5 Juillet 1962, en passant par le salutaire et final assaut du 1er Novembre 1954, le lycée a semé les embryons déclencheurs de la conscience nationale pour produire les éléments actifs et libérateurs du pays. L'élève d'antan, enfant insoucieux aux conditions précaires mais le plus souvent studieux et hardi, a été le chef moudjahid dans la guerre, le ministre, le directeur général, le cadre supérieur, le professeur, le magistrat, l'écrivain et le poète, le... dans la République algérienne libre et indépendante d’aujourd’hui.

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5- Ain El Fouara
Le 4 juin 1894, un conseiller municipal du nom de Bastide, évoqua amèrement son inquiétude face à la menace de tomber en ruine de « la fontaine de la place nationale ». Tout en optant de s’inscrire dans une position d’attente de fonds afin de « la démolir et de la reconstruire complètement », M. Aubrey, maire de la ville, prit cette délibération comme substrat d’un projet qui allait à jamais marquer la cité. Il partit durant l’été 1896 à Paris où devait se tenir prochainement un salon universel. Féru par son idée, il demanda au Directeur des Beaux-arts son intercession en vue d’avoir pour sa ville un décor urbain symbolique et chargé d’émotion ou « une statue pour décorer la future fontaine de la place nationale ». Dans une lettre datée du 3 février 1898, le maire est tout heureux de lire une missive émanant du directeur des beaux-arts lui annonçant : « (...) M. de Saint-Vidal pense avoir terminé son œuvre pour le prochain Salon où il désirerait qu’elle figurât ; elle serait dès la clôture du Salon expédiée à Sétif. »
La statue représentant une femme nue à la longue chevelure, tenant à chaque main une amphore d’où coulait une eau limpide, est l’œuvre sculptée de Francis de Saint-Vidal. Elle est assise et mise en relief sur un socle assez conséquent avec tout un environnement architectural. Cette assise homogène tenant lieu de piédestal a été conçue par un architecte local, un certain Eldin, connu alors pour avoir fait ses marques dans le Théâtre de Sétif. Francione entrepreneur de son état avait la charge des travaux d’érection du socle et de la mise en place de la statue, travaux qui seront entièrement achevés en 1899. 
En 1997, sujet d’un attentat terroriste, inouï et étrange, elle se trouve par l’effet dévastateur d’une bombe nocturne totalement désarticulée, démise et désagrégée. L’on voyait son cou, une partie de sa tête, son épaule, un de ses vases joncher le parvis. La réprobation fut générale. Elle aurait vécu, voire résisté cent ans. Et c’est grâce à l’intervention dynamique et salutaire du wali de l’époque, Adelkader Ouali envers qui la population reste reconnaissante, que la nymphe s’est réintronisée une seconde fois sur son socle.

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6- La mosquée Abou Dher El Ghifari
A Sétif, il n’y a pas que la mosquée dite Mesdjed el attik jouxtant la légendaire fontaine Ain Fouara qui soit investie d’une certaine ancestralité locale. « Djamaa langar » mosquée du faubourg de la gare demeure aussi un monument incontournable dans l’histoire contemporaine de la cité. Située à l’angle de la rue Hafied-Mohamed pratiquement au centre-ville, à une rue perpendiculaire à la rue du 1er-Novembre (ex-rue de Constantine), la mosquée a été longtemps un lieu, de foi et de dévotion, mais aussi de culture et de savoir.
Cette mosquée qui aura pour nom dès 1962 Abou Dher El Ghifari, fut inaugurée le 20 octobre 1931. Elle connut un élan nationaliste, à l’instar de tous les lieux de culte musulman. D’ailleurs, cet endroit sera à l’éternité consigné comme étant le prélude physique au commencement des événements atroces du 8 mai 1945. C’est d’ici que la procession initialement anodine et pacifique prit son départ pour manifester le désarroi populaire. La suite sera connue. Un massacre. Un génocide à grande échelle. La postérité a gardé comme tradition symbolique cet itinéraire qui, d’année en année, ne se désemplit pas de marcheurs venus marquer la souvenance persistante des douloureux événements.
L’honneur de ce quartier un peu mythique est également d’abriter dans un pâté de lots un autre monument de rayonnement scientifique et religieux. Madrasset El Feth rappelée ci-haut, qui, sous la bénédiction inaugurale de cheikh El Ibrahimi, connut sa première rentrée le 1er janvier 1950. De souvenir d’enfant, les cris se bousculent encore dans la bouches de ceux qui mômes entonnaient le tenant lieu de l’Adhan. A savoir « awou ech3al ! awou edhrab ! » Ceci se faisait en référence à la lumière qui apparaissait de son minaret pour rompre le jeûne, durant le mois sacré de ramadhan. Mais aussi aux coups de canon qui rugissaient à partir, nous disait-on, du champ de tir (les 600-Logements actuellement). L’on jubilait à cor et cri en multipliant les appels. L’on ne peut évoquer la mosquée de langar sans pour autant citer l’illustre cheikh Rabeh Belmeddour, un Zitounien accompli.
La mosquée étant par origine et essence destinée à accueillir les résidents des quartiers limitrophes, est d’une capacité limitée. Elle aurait pu garder ce charme d’antan. Elle aurait pu ne pas se voir profaner par un modernisme qui altère dans son sillage toute noblesse d’un passé élogieux. Mettre de la faïencerie mal émaillée n’est qu’un acte irrémédiable.

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7- Le théâtre
A Sétif, l’unique théâtre, que l’on surnomme d’ailleurs sans raison et toujours « le théâtre » date de la fin du XIXe siècle. Il aurait été inauguré en novembre 1896, deux années avant la venue de la fontaine monumentale Ain El Fouara. L’architecte serait un certain Fernand Imbert. D’une capacité théorique initialement prévue de 323 places, il n’en reste que 275, peut-être moins dispatchées en fauteuils d’orchestre et d’avant-scène, en stalles d’orchestre et en baignoires. Il y avait la fosse d’orchestre et l’entrée des artistes. Sous l’intitulé de « Théâtre » arboré fièrement au fronton de l’immeuble, les inscriptions « Musique » « Drame » et « Comédie » en disent long sur la vie culturelle qui y fut. Le chapeau, son faîte, à la forme triangulaire, laisse vers les cieux brandir la lyre, symbole de muse et d’inspiration lyrique. Les armoires de la ville y sont incrustées. C’est sous un tel monument historique que se sont produites les innombrables comédies universelles. En 1946, César Vezzani de l’opéra de Rome et Cavallera Rusticana de la Scala de Milan ont été sur scène à Sétif. En 1948, un vendredi 3 décembre la célèbre cantatrice Fathia Khair y faisait son entrée par son œuvre Scandale au théâtre. Cet espace eut également à connaître les vedettes du disque, de la radio, de la scène et de l’écran de l’époque. Dans le cadre de la tournée du théâtre arabe de l’Opéra d’Alger, des personnages illustres, comme Mahieddine, Kalthoum, Touri, firent vibrer l’assistance par la présentation de Aicha bou zbayl. Dans le même décor. La période postindépendance a connu de grandes activités sur le plan culturel, sur la place locale. Plusieurs groupes musicaux et troupes de théâtre se sont constitués. Ainsi, le sentiment révolutionnaire se formait également dans le patrimoine de la culture arabo-musulmane. Car le colonialisme français visait à éclipser, voire à anéantir toute expression de l’être national algérien : religion, traditions et culture. Un jeune Algérien, boy-scout, natif et résidant à Sétif, n’a pas manqué, avant le déclenchement de la révolution armée, de dénoncer publiquement les positions racistes qu’affichait la direction du théâtre à l’égard de quelques sociétés culturelles musulmanes. Sa lettre de dénonciation fut un début de combat. A l’intention des conseillers municipaux, elle fut publiée le vendredi 4 juin 1954 sous le titre « Sétif : le scandale du théâtre municipal » dans la République algérienne, organe du Manifeste du peuple algérien dont le directeur politique était Ferhat Abbès. Ce jeune laissa la scène et le théâtre de Sétif et rejoignit un autre théâtre, celui des batailles et de la lutte armée. Vaillant combattant, héros intrépide, il mourut en martyr. J’ai cité, Si Hacéne Belkhired. Ce théâtre, que l’on surnomme toujours le théâtre, aurait l’insigne honneur, après un siècle d’appellation anonyme, de porter le nom de ce maître, de cet artiste, de ce glorieux chahid.

8- L’Entente sportive sétifienne
L’Entente comme l’USMS ou le SAS (Stade Africain de Sétif) n’ont pas cessé au cours du temps éméché d’entretenir une légende. Ils ont fait et font la célébrité de la capitale des hauts-plateaux sétifiens. Celle-là est due à la hargne, cette rage de vaincre qui caractérisait dans la préhistoire les pionniers, ces fondateurs de la région sétifoise qui se rattachaient, dit-on, au groupe de l’homme dit de « Cro-Magnon néanthropien » Le mérite incontestable greffé à l’équipe demeure dans son entière plénitude. Le fait de rendre hommage à cette équipe historique ne se justifie pas seulement par ses victoires successives ou son palmarès, mais reste astreint à une réalisation très appropriée dans le temps. L'Entente avait créé le bonheur national. En devenant une fierté nationale elle a construit le plaisir et le désir d'être encore algérien en ces moments où la gaieté s'est enfuie des rues d'Alger et des autres villes. En cette nuit du 18 mai 2007, l'Algérie oubliait ses élections pour chavirer, tous ensemble, gouvernants et gouvernés, candidats et électeurs, dans le bien-être et le ravissement que procurait cet exploit international. Le président de la République était de la mise de par son message d'encouragement et de félicitations. Des tripes de ce club, il se dégage viscéralement qu'à chaque réussite soit tout au long de son parcours, l'Entente n'aurait pas reçu autant de consécrations sans l'apport inestimable, voire inégalable de ses supporters. Hooligans parfois, pantois une autre, mais éternellement au chevet du club.
Parmi les objectifs que devaient s’assigner les dirigeants, il existe celui de provoquer et de maintenir une adhésion totale autour du club. Raffermir les rangs, attirer les ex-faiseurs de l’Entente, fédérer enfin toutes les énergies possibles. Et de ne pas se positionner dans une posture de chasse à l’autre, de tenir un langage belliqueux ou de ramener à sa propre personne tous les exploits. L’attraction terrestre et sa nature ne seront comprises qu’une fois la dérision tourne en vertiges et provoque la nausée
L’Entente n’est-elle pas le résultat de tant de sacrifices ? De Layass, à Serrar, en passant par Kermali, Makhloufi, Aribi, Salhi, Koussim, Matem et autant de notoriétés et de symboles, tous sétifiens. Parler de l'Entente sportive sétifienne, est également un hommage à rendre à ses dirigeants. Abdelhakim Serrar, alias hakoumi est, entre autres, une denrée rare. Peut-il être le dernier survivant de la race des vainqueurs ? Enfant tonitruant de la ville, il sait taire son histoire d'ancien défenseur du club qu'il dirige ou de l'équipe nationale, préférant s'adonner à des explications convaincantes d'ordre managérial. Face à son cercle. Il devra néanmoins circonscrire ce trait d’indispensabilité dont certains malintentionnés tentent de l’en persuader.

9- Nos oublis
Ils sont nombreux. Beaucoup de repères et de symboles rattachés à la ville n’ont pu être traités dans cette panoplie narrative. Elle ne peut de ce fait être exhaustive. Sétif grouille d’autres endroits, monuments, sites ou vestiges l’ayant fait qui n’ont pu être narrés ici. Nous citerons le saint patron Sidi El Khier, la mosquée El Atik, Ben Badis (ex-église sainte Monique) Bilal (ex-église Notre dame de Lourdes), le Château Giraud, les innombrables fontaines publiques, la muraille byzantine, les bains romains, les jardins d’autrefois, les écoles dites laïques, l’USMS fondée en 1932, le SAS etc.

Ce dont Sétif a besoin
N’étant pas un simple triptyque, Sétif est la ville de pas mal d’érudits et de savants. De martyrs et de moudjahidine. D’exploits et de gloires. Le 8 Mai 1945 est un phare illuminant par son climat historique tout le grand berceau des hauts-plateaux. Un complexe du 8 Mai 45 digne d’un mémorial des saints à la dimension de l’événement doit voir le jour. Une zone de méditation, un département de recherche et d’études historiques, une esplanade de commémoration, une immense stèle, seraient telle une gratitude à rendre à l’égard de la postérité et des personnes qui l’ont faite. Sétif aussi doit avoir son musée national. Un musée est une agence de voyage culturel et historique. Une halte méditative. Sétif dispose-t-il d’une bibliothèque à la dimension de son ampleur culturelle ? N’avions-nous pas dit que les grands édifient à la mesure de leur grandeur ?

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Source  :  El Yazid Dib   

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