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RipouxBlique des CumulardsVentrusGrosQ

D’acier trompé

31 Juillet 2017 , Rédigé par S. Sellami

Je me suis juré depuis quelques années d’être, à titre personnel, plutôt adepte de "construire" plutôt que de "réagir".

J’ai vu aujourd’hui une analyse politique concernant François Hollande sur le site web de "La Tribune" de Jean-Philippe Denis . L’article est repris sur le site theconversation.com "Le triple coup de génie stratégique de François Hollande"

Jean-Philippe Denis est Docteur en sciences de gestion, agrégé des faculté de droit, sciences économiques et de gestion à l’Université Paris Sud / Saclay membre du centre de recherche RITM (Réseaux, Innovation, Territoires Mondialisation).

Jean-Philippe Denis a coordonné "l’Encyclopédie de la Stratégie" et est l’auteur de "l’Introduction au Hip-Hop management".

A vrai dire, je suis effaré.

Cela commence avec un "coup de génie stratégique" et le rappel d’un Tweet de Steve Jobs, je le reproduis ici tel que cité en anglais (sur le site theconversation.com)

"When someone treats you like an option, help them narrow their choices by removing yourself from the equation. It’s that simple."

François Hollande en renonçant va simplement plus tard se rendre indispensable et ne plus être une option mais un choix.

Puis le rappel des données du problème de "Double bind" que ’"connaissent bien les férus de l’école de Palo Alto". La thèse du "double bind" ou double injonction contradictoire de l’Ecole de psychologie de Palo Alto serait celle, dans le cas de François Hollande de vouloir prendre sa place dans la course à la présidentielle pour la lui rendre au final (Tuer le Père, ne pas y arriver, et lui donner la stature de Sauveur).

En bref, François Hollande s’est retiré de la présidentielle parce que, raisonnant avec l’intéressé, "vous étiez bien conscient en 2012 que votre prédécesseur aurait eu tout à gagner à ne pas se représenter - quelle belle preuve d’immaturité stratégique de se (re)présenter quand il est évident qu’on a perdu d’avance !"

Ceci révèle de la plus parfaite méconnaissance et de la plus grande hypocrisie concernant le déroulé de la campagne ayant vu l’élection de François Hollande en 2012, mais cette opinion volontairement biaisée en appelle une autre, bien plus sordide, que je préciserai plus loin. Il faut relever qu’est glissé la simple constatation "Accessoirement plane sur vous l’ombre d’un risque d’attentat avant l’échéance fatale qui tranchera sur le renouvellement (ou non) de votre mandat".

Il faudrait longuement disserter, analyser et remettre dans son contexte cette dernière opinion, se plaçant du point de vue du plus haut représentant de la République, dans le contexte actuel des lois hyper sécuritaires, de l’état d’urgence, avec les traumatismes occasionnés par les attentats de Janvier 2015 (Charlie Hebdo) et de Novembre 2015 (Bataclan), elle est sans doute l’apogée de la nullité et de la sordidité de la pensée politique telle exprimée par son auteur.

Sous couvert du plus parfait cynisme, (un Président ne redoute un attentat que pour sa réélection), le parallèle entre le mandat de François Hollande et celui passé de Nicolas Sarkozy n’échappe pas à Jean-Philippe Denis. Parce que ce dernier à échoué aux Primaires de la Droite et du Centre, Jean-Philippe Denis, adapte des pensées entrepreneuriales de la Silicon Valley et de son "génie" Steve Jobs, doit faire ce même choix entre "losers" et "winners", pour l’un la double défaite, à sa réélection de 2012 et à sa désignation comme candidat pour 2017, pour l’autre, le champion-stratège qui a déclaré ne pas être candidat pour finalement contre toute attente l’emporter en 2017. Et au fil de la vie politique, l’égrènement des attentats qui font monter la popularité d’un Président en exercice pour le rôle de père rassembleur et ordonnateur des périodes de deuils nationaux, ou condamnerait la réélection du Président sortant en campagne (sous quel motif ? Laxisme sécuritaire ?), et devant donc manœuvrer en conséquence.

Le parallèle inavoué, et habilement démenti mais sous-jacent serait que les tueries de Mohammed Merah à Toulouse en mars 2012 aient vu Nicolas Sarkozy perdre des élections (Jean-Philippe Denis rappelle seulement que François Hollande le dépassait dans les sondages, mais omet qu’il n’a cessé de remonter jusqu’au premier tour) dont elles étaient selon l’avis de son successeur "perdues d’avance" et auxquelles la raison aurait valu qu’il ne se représenta pas (en pleine campagne en mars ?) Quid des dépassements de campagne ? Quid des meetings faramineux et "hors budgets" ayant amené l’invalidation des comptes de campagnes de Nicolas Sarkozy, et l’avance d’un seul point au premier tour de François Hollande sur ce dernier ? (28% contre 27%)

Mon opinion (discutable) est que l’élection d’Eva Joly aux primaires écologistes et non celle de Nicolas Hulot (affaiblissant François Hollande) fut largement responsable de la défaite de Nicolas Sarkozy, ce dernier pouvant passer en tête au premier tour et sans doute l’emporter au second. Et de ce point de vue, l’opinion émise par bien des électeurs de Nicolas Sarkozy était que les attentats de Toulouse rendaient la réélection de leur mentor comme acquise et évidente, et ne le démentaient pas, n’en ayant d’ailleurs alors ni responsabilité personnelle ou politique.

Voir la pensée d’un universitaire en Gestion appliquer aussi mal des axes de lecture en tant qu’expert en Stratégie sur la pensée politique est assez déroutant et donne une vue, qui n’atteint pas celle d’un Clausewitz mais d’un petit Machiavel. Elle indispose par contre fortement dans son biais par la reconnaissance que la violence en temps d’élection ouvre celle de la manipulation, et dont on ne sache jamais son orchestration réelle, pour ouvrir celui, déjà chargé pour les services de renseignements d’un risque qui n’atteignent et ne bouleversent pas seulement l’avis des urnes, mais aussi des vies humaines. Sous ses dehors légers, je trouve que les prémonitions de Jean-Philippe Denis devraient lui faire réfléchir si réellement ces éventualités entrent en compte des "coups de génie stratégiques" et non des heures les plus sombres que vivent alors dans ces moments là les démocraties.

Je ne disqualifie pas pour autant Jean-Philippe Denis pour exprimer son opinion, il s’agit de son droit le plus élémentaire à l’exprimer et à la voir débattue quand et où bon lui semble. Ce n’est pas l’affaire d’idéologie ou d’une opposition entre deux camps d’aucune sorte. Je préférerais que Monsieur Denis soit plus en pointe pour l’avancement de l’institution au nom de laquelle il parle plutôt que d’avancer en 3 phases le "coup stratégique" parfait de François Hollande, annonçant son renoncement pour se superposer au candidat de la Primaire socialiste qu’il a lui même souhaitée (au moins faut-il l’énoncer clairement pour mesurer l’immense bêtise de cette thèse).

L’impensé de Monsieur Denis est que son Université soit déterritorialisée en Californie, ce qui est doublement faux. Ses références, l’Ecole de Palo Alto et le génie de la stratégie "Steve Jobs" sont des totems d’une pensée qui voient l’aboutissement du modèle entrepreneurial dans la Silicon Valley, on peut le lui concéder mais jamais le plateau de Saclay n’aura réellement rivalisé (ni même essayé), avec un modèle dont l’essor s’appuye sur l’investissement risqué sur l’économie du transistor (années 40 et 50), du microprocesseur (années 70) puis de l’internet (années 90) et de la concentration de groupes ayant la puissance monétaire rivalisant celle d’Etat (depuis 2000).

Le pôle de recherche du plateau de Saclay est surtout concentré autour de celui du CEA modèle de nucléocratie avec tous ses mérites et ce qu’il a de plus odieux en France, indigente dans ses visées énergétiques à court comme à long terme. Main dans la main avec le nucléaire militaire elle promeut la prolifération de l’arme atomique comme dernier rempart face à un déclin avancé, au vu même de l’incurie dont 35 années d’absence colossale d’investissements dans les transports rendent les déplacements à Paris à l’aune de ceux d’une mégalopole du tiers monde (désinvestissement massif qui ne sera sûrement pas comblé par l’investissement d’un nouveau réseau de transport dit du Grand Paris).

Où sont les réussites entrepreneuriales qui auraient dû naître déjà il y a bien longtemps dans cette concentration exceptionnelle de matière grise sinon dans "l’acier trompé" d’Areva au Creusot ?

Il n’y a pas lieu d’aller à Stanford pour lire Clément Rosset ("Le réel et son double" Gallimard) et s’éclairer sur toutes les stratégies d’évitement et de retour "en double" du réel. Le retour ici est que François Hollande ne reviendra pas sur une parole qui ne lui laisserait pas 2% des suffrages au premier tour, et que le conseil en Gestion à l’Université Paris Sud ne donne pas lieu à ce genre de déculottée, mieux vaudrait-il conseiller au premier chef une filière nucléaire qui court au désastre.

Pour finir, la chose tabouée dans cet article est celui des drames que font subir la violence aveugle des attentats terroristes aux victimes, et de ce point de vue, je pense que Jean-Philippe Denis concluant son texte d’un "Chapeau l’artiste" à François Hollande en définissant lui-même, à la dérobée, l’achoppement de sa candidature à un possible attentat est proprement à se demander s’il n’est pas atteint d’un déficit patent d’empathie (ce que l’on est en droit de nommer sociopathie).

Pierre

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