Légende : Dar El Ghoula

Publié le par S. Sellami

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La maison hantée qui a tant bercée les profonds sommeils hivernaux refait surface dans nos souvenirs d’enfants. Il s’agit de la fameuse maison hantée de Dar El Ghoula. Une légende qui a tant marqué des générations. On l’appelait Yemma Rbiha, cette bonne dame rompue a de pénibles besogne, ramenant dans son long sac en toile les abats et restes d’animaux qui lui valent l’appellation de Fatma Mokrah.

La rue Sidi Abdellah Ben Ali réputée pour sa charcuterie, et ses viandes s’est taillée l’image d’une ruelle ou le rituel du sang des bêtes a fait naître le mystérieux songe de «Yemma Rbiha Ouin Kounti» Cette dernière répliquait par «Kount lakat fi zaâki (J’ai ramassée que des restes de viandes). Devenu le slogan favori des enfants, la maison de l’ogresse fut désormais liée à la parabole des bons et mauvais esprits. La rue s’en charge pour reprendre cette féerique complainte imaginée pour en faire une véritable fresque théâtrale d’El Ghoula magistralement interprétée par Rouiched. A quelques encablures de l’ancienne rue du Diable (accordée à une ruelle hantée) il y a le fameux sanctuaire des deux Jumelles marquant une des plus beaux contes de fées. Un lieu de sépulture adjacent à la mosquée Sidi Abdellah.

Aujourd’hui, le lieu n’est que ruines. En empruntant la sinueuse ruelle de Sidi Abdellah, on se retrouve sur la rue N’fissa où existe une minuscule nécropole. A l’intérieur, le dôme indiquant la sacralité des lieux repose le vénéré Sidi Benali M’hamed Cherif. Jouxtant le mausolée de ce dernier, il y avait à l’ombre de trois figuiers sacrés, le tombeau de Sidi Ali Zouaoui et les deux tombes marquées par une stèle de marbre où reposent les deux filles de Hassan Pacha, décédées à la fleur de l’âge.

Actuellement, le cimetière est réduit à sa propre dimension. Une chape de béton a supprimé toute indication pouvant édifier la postérité sur le lieu historique. La bêtise a fait irruption pour laisser place à la désolation qui ne se résume pas moins à un outrage au patrimoine et une offense à la mémoire collective. Mais n’est-ce pas qu’on pouvait lire autrefois, l’épitaphe d’imploration gravée sur la tombe de Fatima «Que le Tout-Puissant lui pardonne, ainsi qu’à tous les musulmans» Quant au mausolée du saint homme Sidi Bougdour, à la structure trônant dans une ruelle clair-obscur il vient d’être réhabilité.

Le lieu sert à l’enseignement du Coran pour les enfants de la cité. Cette intrusion dans le patrimoine national renseigne à bien des égards, sur l’état des lieux des sites et monuments. Dans chaque ruelle de la cité, s’offre un pan d’histoire, un témoignage, une légende sur un riche passé marqué par un haut degré de civilisation. Aujourd’hui, la citadelle renoue avec son passé pour interpeller l’histoire et les hommes, pour la restauration des vieux sites afin de lui rendre ses titres de noblesse.

M. B

Texte publié sur la page facebook intitulée : HADJIWNA
Histoires et contes du Maghreb

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