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L’ALGÉRIE PLONGÉE DANS UNE GRANDE ABERRATION INSTITUTIONNELLE

13 Août 2017 , Rédigé par S. Sellami

 

 

 

L’ALGÉRIE PLONGÉE DANS UNE GRANDE ABERRATION INSTITUTIONNELLE : MONSIEUR FRÈRE ET LE PREMIER DES MINISTRES

PAR SAAD ZIANE

Retour sur les bruits et caquetages de la «haute cour » du roi dans une Algérie où les aberrations institutionnelles accompagnant le 4ème mandat prennent un tour hallucinant et caricatural.

 « Monsieur le président vous a instruit de faire ceci et de ne pas faire ceci et d’arrêter immédiatement de casser les pieds à Ali Haddad… » Dans le dernier rebondissement des futilités de la « haute cour », on a une certitude : il y a bien eu un compte rendu comminatoire dont l’auteur est Ahmed Ouyahia, directeur de cabinet à la présidence de la république, qui a été fuité dans des journaux.

Il ne sert à rien de se crisper sur les privilèges en «info-sérail » accordés au peu ragoutant groupe Ennahar, cela devient secondaire. Ce n’est qu’un instrument qui peut aussi bien durer que disparaître, selon l’évolution de la cartographie clanique au sein du régime.

Le président communique avec son premier ministre par des «fuites » ?

L’affaire des «instructions du président transmises par Ouyahia » au Premier ministre est un signe éloquent de l’aggravation du délitement institutionnel qui s’est fortement accentué avec le quatrième mandat. On sait donc que des «instructions présidentielles » – qui ne s’expriment pas dans un texte signé officiellement par Abdelaziz Bouteflika et dont l’agence officielle de presse ne fait toujours pas état – ont été fuitées dans la presse privée.

Ces instructions ont-elles été transmises à M.Tebboune qui se trouvait au moment des fuites en « vacances » en France et faisait l’objet d’une campagne de presse vindicative ? Est-ce que la «transmission » du message du président de la RADP au Premier Ministre de la RADP, c’est justement et uniquement les fuites dans les médias

Une présidence qui attend qu’un Premier ministre parte en vacance en France pour lui transmettre via des fuites de presse un message «lourd » ? On serait dans ce cas près du stade suprême du cocasse. Le  président de la république a tous les pouvoirs et il peut donc  convoquer son premier ministre (y compris de la plage française où il prend du repos), lui tirer les oreilles, lui ordonner d’arrêter de s’attaquer aux affairistes et de publier des mises en demeures pour les « chouchous ». Or, il  ne le fait pas.

Dans l’organisation formelle de l’exécutif, le Premier ministre est en « lien direct » avec le président de la république, la fonction de directeur de cabinet est celle d’une gestion de l’intendanceLe «recadrage » ou le «désaveu » d’un premier ministre par le chef de l’État n’a donc pas besoin d’une médiation. Or, c’est ce qui s’est passé. L’Algérie est soumise à une extraordinaire aberration institutionnelle.

Tebboune comme les 19 ?

Qui ouvre largement le champ à l’interprétation et aux rumeurs : une instruction présidentielle dont l’APS ne fait même pas état émane-t-elle vraiment de Bouteflika ?  Tebboune se retrouve-t-il dans la même situation que les amis du président du groupe dit des « 19 » qui n’avaient plus accès direct au président et se sont pris à douter si c’est lui qui décide de la politique menée ou « d’autres » ?

Le quatrième mandat d’un président disposant de tous les pouvoirs mais à la santé délicate a complètement faussé le fonctionnement basique de l’État.  Et ce ne sont pas des questions du «pure forme» car dans un État comme dans une loi la forme porte le fond.  

Toutes les suspicions se retrouvent renforcées dans ce remarquable charivari dans la haute cour du roi. Est-ce que le président décide vraiment de «tout » comme le martelait le très léger Abdelmalek Sellal ?

Quand un Premier Ministre qui dit appliquer la politique du président visant « à séparer l’argent et l’État » se voit rabroué par voie de presse – à l’heure actuelle rien ne dit que M.Tebboune a été réellement rendu destinataire des «instructions » – on prend pleinement la mesure du poids exorbitant de l’informel. L’État, au sommet, est devenu le théâtre de l’exercice d’un pouvoir informel.

Mais Tebboune n’a rien dit et aucune instance officielle – pas même Ouyahia- n’a contesté l’existence des ces instructions, le décryptage n’est guère compliqué.

Les hommes d’affaires et monsieur frère  

Le poids politique grandissant des hommes d’affaires dont le point d’appui névralgique au sein du pouvoir est Saïd Bouteflika, formellement conseiller du chef de l’État mais «informellement » beaucoup plus, s’affiche de manière ostensible. Au détriment de la bureaucratie d’État qui a créé les affairistes et qui découvre – du moins une partie de cette bureaucratie – qu’elle lui conteste aujourd’hui ses prérogatives et ses pouvoirs.   

Les grands éclats de rire de Saïd Bouteflika avec Ali Haddad lors de l’enterrement de Réda Malek – la scène n’était pas improvisée mais bien destinée à être filmée et photographiée et à transmettre un message – annonçaient clairement que « l’institutionnel » Tebboune  était sur le chemin de la disgrâce.

 Mais comme Tebboune a surfé sur un réel dégout au sein de l’opinion de l’étalage bling-bling indécent des riches sur commandite publique à qui l’on ne demande aucun compte, les traditionnels articles bouledogues ont été immédiatement commandés et exécutés.

«L’écrit » d’Ahmed Ouyahia sur le mode du président «vous ordonne » est en quelque sorte l’épilogue de cette charge médiatique contre Tebboune. Résumé des courses de ce charivari au sommet : un Premier ministre sous quatrième mandat n’est rien, un conseiller est tout. L’Algérie n’est officiellement plus en état d’urgence, mais elle est bien en état de régence.

Le monopole de l’interprétation de la parole présidentielle

Le président ne parle plus,  c’est le frère, qui dit sa parole. Ou du moins qui a le monopole de l’interprétation. Tout ceux qui prétendent appliquer le «programme du président » sont désormais avertis.

Dans la situation présente où les institutions sont effacées, celui qui détient le pouvoir d’interpréter la parole inaudible du président a le pouvoir. Tebboune aurait ainsi commis «l’impair » de faire une interprétation non validée par la régence informelle de la parole présidentielle en s’engageant dans une politique de recadrage des oligarques. Il vient d’être recadré brutalement. Par le président ? Peut-être.

Et tout le problème est dans ce « peut-être » qui fait la différence entre fonctionnement institutionnel et jeux de réseaux informels qui squattent l’État. C’est ce « peut-être » qui entretient les doutes et les spéculations que les pouvoirs du roi sont exercés de manière anormale.

Le contenu des instructions est une victoire des oligarques qui ne se cachent plus pour grandir. Ils sont une partie du pouvoir et ils tentent, dans cet intermède triste dans lequel le pays est plongé, de ramasser la mise pour être le pouvoir. Avant que la fin de l’intermède ne rebatte les cartes.

Le seul ennui que provoque Tebboune au clan des oligarques est que sa tentative éclaire bien l’opinion sur le pouvoir grandissant des affairistes et sur leur appétitLes mesures décidées par Tebboune, décriées comme d’habitude par les économistes libéraux, relèvent d’une tentative de gérer une situation de baisse sensible des recettes hydrocarbures.

Séparer « l’argent et l’État » voulait dire au moins que le gouvernement allait cesser de faire des largesses aux affairistes.  La riposte est venue à travers une campagne de presse – aux accents parfois inénarrables et ridicules – suivie d’un désaveu « officiel informel » du chef de l’État.

Sur le fond, cela indique que face à la crise financière, la variable d’ajustement ne viendra pas par une limitation des appétits des affairistes, mais par des politiques antisociales ciblant les classes populaires. C’est l’enjeu fondamental : qu’elle sera la variable d’ajustement face à la crise ? Le charivari de la haute-cour nous en donne une indication.

Tebboune, en solo ?

Il reste une question fondamentale : sur qui comptait Tebboune en s’attaquant aux privilèges exorbitants accordés aux oligarques agréés du clan dominant ?Croyait-il que la crise et les errements du gouvernement Sellal étaient suffisants pour imprimer une petite bifurcation pour endiguer la curée et la course au partage des restes des biens publics ?

S’il a agi juste sur la base de ces impressions, cela relève d’une incroyable naïveté.  Si cela n’est pas le cas et qu’il s’est engagé sur la base de soutiens à l’intérieur du régime, cela veut dire qu’au-delà de son sort (sera-t-il débarqué, démissionnera-t-il ?) la bagarre dans la « haute cour » est loin d’être terminée. 

http://lequotidienalgerie.org/

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