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LE POUVOIR GOUVERNE LE PEUPLE SANS LE PEUPLE

12 Août 2017 , Rédigé par S. Sellami

ُEl Watan le 18.07.17 

Ali Yahia Abdenour

Le Premier ministre Abdelmadjid Tebboune a informé dans son plan d’action les deux Chambres du Parlement, écho du pouvoir, «qu’il a besoin d’un consensus national le plus large possible».

Les élections

Dans les élections, deux conceptions s’affrontent : celle qui se fonde sur la volonté du peuple librement exprimée qui veut accéder au pouvoir par des élections propres et honnêtes, et celle qui se réclame du peuple, mais n’a pas son soutien et qui s’efforce d’expliquer que la légitimité ne peut venir que du pouvoir qui trouve son expression la plus achevée dans le FLN, le RND, le TAJ, les alliés et les ralliés du pouvoir qui n’ont aucune base sociale, qui soutiennent qu’il faut dépolitiser le peuple pour qu’il soit soumis, dompté, domestiqué.

Pour assurer aux clans du pouvoir une prolongation infinie à la tête de l’Etat, une seule condition : perpétuer le trafic des urnes. En vertu de quel droit un pouvoir issu de fraudes électorales massives, qui s’est illustré par son opposition à toute ouverture démocratique, peut-il régenter le pays et s’imposer à la majorité du peuple, si ce n’est par l’arbitraire, le despotisme, la violence ? C’est du peuple que vient le pouvoir, c’est dans le peuple que résident la légalité et la légitimité.

A chaque élection, le pouvoir ne cesse de dire et de répéter que les élections seront libres, mais dans la mémoire collective des Algériens, les souvenirs sont frais de toutes les fraudes électorales qui leur ont fait déserter les urnes. Le peuple algérien veut devenir maître de son destin par des élections propres et transparentes, pour faire arriver aux responsabilités des femmes et des hommes compétents, doués de capacités de réflexion et d’action. Un pouvoir en fin de règne qui repose sur trois piliers, la dictature, l’affairisme et la corruption ne peut préparer des élections crédibles et céder le pouvoir au cas où le suffrage universel ne sera pas en sa faveur.

Le boycott a été massif aux élections législatives du 4 mai 2017. Il a déclenché une grande désaffection de l’électorat qui a déserté les urnes avec un nouveau record d’abstention pour dénoncer la farce électorale et ne pas servir de caution au pouvoir. Pour combien de temps encore le pouvoir décidera-t-il de la confiscation du suffrage universel ? La politique n’est plus la science des Etats, des pouvoirs et des gouvernements, mais la technique de la conquête, de la pratique et de la conservation du pouvoir.

Le déroulement des élections législatives du 4 mai 2017

Le pouvoir qui gouverne le peuple sans le peuple est considéré par le peuple comme l’autre face du colonialisme. Il a intégré la pensée coloniale et les schémas mentaux coloniaux en ne donnant pas plus de droits et de liberté au peuple que le régime colonial. Les pratiques qui faussent les élections et le libre choix des électeurs sont permanentes de Naëgelen à Bouteflika. Avant de participer à des élections, il faut garantir l’assentiment du peuple souverain, ne pas lui imposer le sens unique qui ne conduit qu’au maintien du statu quo et de l’immobilisme.

Les élections législatives qui se sont déroulées dans une terne et morne campagne peu visible, sans grands meetings publics et sans foules aux réunions publiques s’apparentent à une simple formalité. La machine du gouvernement, bien huilée et mise en marche pour donner comme d’habitude la majorité des élus aux partis de la majorité présidentielle, le FLN et le RND, dont l’unique programme est celui du Président qui n’a jamais été formalisé.

Le mélange de la politique et de l’argent a caractérisé ces élections. Les partis islamistes qui prétendent être la première force politique du pays ont participé aux législatives en ordre dispersé. Leurs leaders chargés de conduire la campagne électorale caressaient l’espoir d’obtenir la majorité à l’APN. Ils ont révisé leurs ambitions à la baisse.

Le gouvernement de Abdelmadjid Tebboune

Il succède à Abdelmalek Sellal comme Premier ministre. Il est né le 17 novembre 1945 à Mecheria, wilaya de Naâama, et père de cinq enfants. Il est diplômé de l’Ecole nationale d’administration ENA). Son gouvernement est composé de 13 anciens ministres et de 10 nouveaux. Messaoud Benagoun, nommé ministre du Tourisme, est limogé 48 heures après sa nomination. Est-ce un dysfonctionnement grave au sommet de l’Etat, l’absence d’une enquête d’habilitation, ou une faute de Amara Benyounès, président du MPA, qui aurait abusé de la confiance de l’Etat, ce qu’il a démenti.

Un mois et demi après le limogeage de Benagoun, Hacène Mermouri et nommé ministre du Tourisme. Tebboune informe les deux Chambres du Parlement, qui ne sont que l’écho du pouvoir dans son plan d’action, qu’il a besoin d’un consensus national le plus large possible pour réduire les importations, faire face à l’économie et aux défis auquel le pays est confronté. Pour convaincre, il faut des arguments ou de l’éloquence. La sortie de la crise ne peut se faire que par le renouveau politique afin d’éviter que la rue dicte sa loi. Tebboune ne peut qu’appliquer la politique du président Bouteflika.

Il n’a pas fait devant le Parlement une analyse même sommaire, mais lucide de la situation du pays dans tous les domaines. La première réflexion profonde qu’il doit faire après avoir pris la température politique du peuple concerne l’abstention massive qui dépasse les 70% du corps électoral aux élections législatives du 4 mai 2017. Que peut-il faire pour redresser l’économie néolibérale du Président et qui ne profite qu’aux clans privilégiés du pouvoir ? L’illusion du progrès entretenue par le pouvoir, qui a manqué de réalisme économique, qui s’illusionne lui-même, n’est que désillusion, mensonge sur mensonge, incompétence et irresponsabilité.

Tebboune doit faire respecter la liberté d’expression et de fonctionnement démocratique de l’Etat. Il doit s’interroger sur la dégradation des consciences et faire reculer l’intolérance. L’économie informelle, l’oligarchie et ses réseaux, la surfacturation des produits importés, la corruption… plombent les finances publiques. Va-t-il mettre fin à l’impunité dont bénéficient les corrupteurs et les corrompus, qui est un véritable scandale ?

Abdessalem Bouchouareb, garde rapprochée du président Abdelaziz Bouteflika, a participé activement à sa 4e élection présidentielle en avril 2014. Il est nommé moins d’un mois après, le 5 mai, ministre de l’Industrie. Il a obtenu carte blanche pour gérer son ministère. La politique industrielle catastrophique de montage automobile n’a servi qu’à faciliter les importations.

Pour Tebboune, cette politique industrielle a coûté près de 6 milliards de devises. Mais la gestion du foncier industriel et des mines n’est pas encore portée sur la place publique. L’affaire Abdessalem Bouchouareb, largement diffusée par la presse et tant d’autres exigent des poursuites judiciaires.

Le moment n’est plus à l’immobilisme et au statut quo, mais à l’action. Il faut des actes, des solutions, des résultats, renouer avec la justice. Le président Bouteflika s’est doté d’une nouvelle Constitution qui concentre à outrance entre ses mains tous les pouvoirs. Depuis 2013, il est incapable de remplir les hautes fonctions dont il a la charge de diriger le pays de par sa maladie grave et durable qui relève de l’article 91 de la nouvelle Constitution.

Au Conseil des ministres, tenu le 14 juin 2017, le président Bouteflika a adressé dans un communiqué «ses vœux au peuple algérien à l’occasion du mois de Ramadhan et l’ensemble de la oumma musulmane». Il n’a pu présenter en quelques minutes oralement ses mots. Il doit céder sa place pour éviter la radicalisation politique du pays qu’il faut freiner pour éviter l’escalade de la violence. Nous sommes la risée du monde, le peuple ne mérite pas ce camouflet qui concerne seulement le pouvoir.

Dans sa conférence de presse(1), Ahmed Ouyahia, secrétaire général du RND, a parlé des rumeurs sur les biens de sa famille : «Concernant ma femme, celui qui trouve une ‘‘preuve’’ de cette société, je la lui céderai». Il n’a pas le droit de céder les biens de son épouse, même s’il lui a donné de la main droite ce qui veut récupérer de la main gauche. Il lui faut pour cela un acte notarié, signé librement pas son épouse. Cela pose une fois de plus la question des droits de la femme.

Députée, elle a les mêmes droits que le député, elle a le droit de parole et son vote est égal au sien. Mais face au juge devant lequel elle est convoquée, son témoignage n’est que la moitié de celui de l’homme. Imaginons brièvement la réplique du juge à la femme députée qui lui dit : «Monsieur le juge, je suis membre du pouvoir législatif qui vote les lois que vous êtes chargé d’appliquer selon la Constitution qui me donne les mêmes droits que l’homme.»

Le juge : «Madame la députée, n’oubliez pas qu’il y a une autre Constitution supérieure à celle élaborée par le pouvoir, qui relève de l’islam, du Coran, de la Sunna et de la Charia que je suis tenu d’appliquer et qui fait de vous l’éternelle mineure, dont le témoignage n’est que la moitié de celui de l’homme.» Il y a contradiction.

Les années 2017 à 2019 seront celles de tous les dangers et de tous les espoirs. Tout est joué après 18 ans de pouvoir sans partage, où les clans rattachés à la Présidence se sont accaparés des richesse du pays, notamment durant les années fastes, où le pétrole et le gaz ont atteint le prix fort. Ils ont pris le pouvoir pour s’enrichir, ils le garderont pour se protéger, pour ne pas rendre des comptes. Après le cours de règlement de comptes, les comptes. Comment donner aux jeunes le goût de la politique devant cette corruption généralisée ? L’histoire fait de l’homme soit un citoyen, soit un sujet, soit un objet.

Le citoyen participe à la vie du pays, désigne librement par des élections propres, honnêtes et crédibles ses représentants à toutes les institutions élues de l’Etat, désavoue un pouvoir illégitime issu d’élections truquées.
Le sujet est soumis au pouvoir colonial, puis au pouvoir totalitaire qui est l’autre face du colonialisme qui s’est accaparé de la souveraineté populaire et de la citoyenneté. L’objet est présenté au public et retiré quelques minutes après pour prouver qu’il joue son rôle. C’est triste et désolant.

Les migrants

Le pouvoir doit donner le chiffre approximatif des migrants. Seraient-ils des centaines de milliers ou seulement des dizaines de milliers ? La politique actuelle du gouvernement à l’égard des migrants n’est pas celle des droits humains. Il a peur parce qu’il considère les migrants comme une menace à sa sécurité et à son équilibre. Les Algériens doivent se mobiliser pour défendre ceux que Frantz Fanon a appelés Les Damnés de la terre.

Il faut protéger les migrants qui ont connu la faim, les périls du désert, venir en aide à des réfugiés en situation de précarité. Ils vivent dans des conditions lamentables, logent dans des taudis, travaillent au noir sans aucune garantie. S’ils protestent, ils sont dénoncés comme clandestins et renvoyés dans leurs pays. Jean Ziegler — sociologue qui lutte contre la faim et l’oppression, pour les droits de l’homme et la paix — considère que la famine actuelle en Afrique de l’Est menace directement 23 millions de personnes. Selon le dernier rapport de la FAO, un enfant qui meurt de faim est assassiné.

Ahmed Ouyahia a déclaré que les migrants clandestins de pays subsahariens qui séjournent en Algérie «sont source de crime, de drogue et de plusieurs autres fléaux». Les propos racistes d’un homme qui sert un système politique totalitaire depuis plus d’un quart de siècle relèvent d’un vocabulaire xénophobe tenu de par le monde par les régimes totalitaires ou d’extrême droite.

Il soutien le principe affirmé par Auguste Comte, qui fait la pierre angulaire de la dictature : «Nul ne possède d’autre droit que de faire son devoir.» Pour Ahmed Ouyahia, il y a deux Algéries, celle des riches toujours plus riches, celle des déshérités, des pauvres toujours plus nombreux. Abdelkader Messahel, ministre des Affaires étrangères, rejoint la position d’Ahmed Ouyahia quand il dit qu’«il est de notre devoir en tant que gouvernement et en tant qu’Algériens de défendre la souveraineté nationale et notre sécurité».

Quelle place pour les démocrates dans l’Algérie de demain ?

Le peuple algérien doit entamer le processus de transition démocratique pour se donner un horizon politique, parce le pouvoir ne veut pas entrer dans la démocratie qui est création et contrôle du pouvoir, mais cherche à s’en donner l’apparence. Les divisions et les conflits au sommet de l’Etat sont si forts que l’explosion du pouvoir n’est pas à exclure.

La volonté commune des Algériens dans ce moment-clé de la vie du pays où se joue l’avenir de la démocratie est de se donner un Président démocrate, compétent, cultivé, à l’Etat son chef, avec séparation et équilibre des pouvoirs. Le moment est venu d’établir un Etat de droit. L’islam est la religion de la tolérance, du respect d’autrui, de la dignité humaine. La montée de l’intégrisme religieux et de l’intolérance, du dogmatisme, de l’obscurantisme ont été des facteurs puissants de la mobilisation des démocraties, femmes et hommes, qui luttent contre les mentalités et les pratiques rétrogrades.

 

Les démocrates qui réfléchissent et cherchent une issue à la crise doivent être particulièrement vigilants, garder leur liberté d’action, créer avec la société civile libre fondée sur la compétence, cerveau et cœur du combat pour la démocratie qui nous montre le chemin à suivre, préparer l’avenir fait de démocratie, de liberté et de justice, qui ne sont jamais données et qu’il faut construire en maîtrisant le présent, pas seulement par une alternance, mais une alternative.

Ali Yahia Abdenour

http://lequotidienalgerie.org/

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