TEMOIGNAGE
A la veille du glorieux mois de Novembre et après soixante années écoulées, il est important pour la mémoire des uns et des autres de se souvenir de nos combattantes " Mères ,Épouses, Sœurs et Filles ". A l'orée de mes douze ans, alors que je devais rejoindre le lycée, l'ordre de " grève du cartable" me fit rejoindre le douar des Bendhiab , lieu de résidence de mes proches parents les "Kharchi" où j'élis domicile chez ma tante. C'est en cette ferme isolée où habitaient Aamti " tante paternelle" Khadidja, veuve avant ses quarante ans et ses six enfants dont le plus jeune Zahar avait mon age. N'ayant pas eu la chance d'étudier,ils s'occupaient besogneusement à entretenir l'héritage familial. Le premier soir déja ,dans une ambiance crépusculaire, je vis arriver de la clairière jouxtant le djebel Youcef et se dirigeant versla ferme, une demi douzaine de silhouettes à l'allure bien discrète. il s'agissait de combattants, membres du commando Mohamed Kharchi alias "Mohamed l'istiqlal ", composé de quatre homme set deux jeunes filles.passés prendre un peu de repos et goûter à un repas chaud.

Avec mes cousins les plus jeunes, nous faisions les "choufs" et à la moindre lueur de lumière, il fallait donner l'alerte. C'est là que j'ai compris le peu de sommeil quye s'accordaient ma tante et son unique fille Keltoum, lesquelles dés l'aube commençaient déja leur rituel et incompréhensible manège de faire à bouffer pour plus qu'il n'en faut. Mieux que ça,et depuis la mort de leur frère Amor au maquis de "Boutaleb", leur maman dont les deux fils "Mekki et Saad" se trouvaient en prison au camp militaire de Saint-Arnauld "El-Eulma" , s'était affairée à creuser de ses propres mains pendant que ses fils se trouvaient au champ deux caches dont elle seule et sa fille en connaissaient l'endroit, c'est qu'elle craignait que sous la torture, les garçons en viennent à révéler les lieux. KHARCHI Aicha, épouse de Mohamed l'istiqlal venait souvent nous rendre visite et nous allions également chez elle , les deux fermes étant éloignées l'une de l'autre. Un peu plus tard, nous avons appris la mort en Martyr de Khali " Oncle " Mohamed traqué durant son repli dans une casemate à oued Echouk. Le refuge où il se trouvait a été transformé en déluge de feu deversé par des lances grenades.Son fils Abdelkader " décédé récemment " a échappé de justesse à la tuerie.
Au terme de ce douloureux épisode, Khalti Aicha s'en retourna chez elle, pris possession de l'arme de réserve "un MAT 49 "que le Chahid détenait cachée dans la z'riba . Suite à une opportune rencontre avec son fils Abdelkader, elle la lui remet entre les mains l'obligeant à poursuivre le combat du père, salué par un tendre au revoir et des youyous. Je voudrais terminer mon témoignage par cet épisode qui m'avait fait retourner au lycée .Sept mois s'étaient écoulés et alors que je commençais à m’accommoder avec mon destin de cultivateur, je fus interpellé curieusement par un membre du commando de passage comme à l'accoutumée à la ferme pour m'apprendre que l'ordre de grève était levé et que je pouvais déguerpir comme il avait aimé à me le dire à la manière sétifienne " welli takra ya wlidi " mon fils". Nous étions le 23 Mai 1957. profite de cette occasion pour faire un sympathique coucou à mon meilleur ami Abdelkader TOUATI qqui se trouve à paris pour des soins, victime lui aussi des conséquences du boycott du lycée. Il a terminé malgré tout ,Docteur en pharmacie.... RABBI ICHAFIH.
Témoignagne narré et publié par Said Bendriss sur sa page facebook le 27/10/2017