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Mythe ou réalité ?

2 Août 2017 , Rédigé par S. Sellami

Les 900 oreilles coupées par le Bachagha Bengana

Par Fateh Adli
Publié le 28 juin 2017
L’image qui reste associée à l’histoire du bachagha Bouaziz Bengana, dit « dernier roi des Ziban » et fait « Cheikh el-Arab » du beylik de Constantine par les Français, est celle du coupeur d’oreilles des résistants algériens. L’image d’un homme sadique qui innove dans «l’art» de la mutilation des «rebelles» qui osent défier l’autorité coloniale ou ses bienfaiteurs et qui surpasse en la matière les pires tortionnaires qu’a enfantés le colonialisme.
Mythe ou réalité ?

Les historiens rapportent que ce valet zélé de la France coloniale tendait des embuscades aux résistants, notamment ceux de la révolte de Zaatchas à Biskra (1849), avec sa troupe de supplétifs, et leur coupait les oreilles, pour les ramener dans des sacs qu’il remettait ensuite aux responsables français, qui le récompensait en retour. Ainsi, en plus des dividendes directs qu’il en tirait, lui et ses hommes, il a été plusieurs fois décoré (officier de la Légion d’honneur, grand croix de la Légion d’honneur …) et reçu par les plus hautes autorités, à leur tête le président de la République française Albert Lebrun (1932-1940). On remarque donc bien que les dates sont si éloignées qu’on a en droit de penser que la presse algérienne qui s’est emparée de la polémique suscité par la présentation d’une biographie controversée s’est trompée de personnage. Il pourrait bien s’agir du père de Bouaziz Bengana, qui s’appelle M’hammed Bengana   
On raconte aussi que, dans cet élan de zèle indépassable, le bachagha envoya au général Négrier le sceau, les oreilles et la barbe du chef résistant Ferhat Bensaïd, qu’il a réussi à attraper dans un guet-apens à Ouled-Djellal. Son plus grand « haut fait d’arme », c’est lorsque, au terme d’une répression terrible menée contre des insurgés, Bouaziz Bengana aurait, selon des témoignages repris par des historiens, remis au général Sillègue, comme « pièces justificatives », deux bannières algériennes et des sacs contenant 900 oreilles coupées aux cadavres. Il reste à vérifier la véracité du chiffre. Ceux parmi les colonialistes qui l’avaient avancé auraient sans doute voulu magnifier le dévouement de leur serviteur, car il est peu probable qu’il ait pu abattre, seul avec sa troupe de goumiers, un nombre aussi important de résistants dans une même bataille. On est presque dans le surréalisme qui avait pignon sur rue dans le domaine littéraires et artistiques. C’était aussi l’époque de la mise en place du Code de l’indigénat de sinistre mémoire qui autorisait les colons à agir dans l’impunité totale contre les Algériens. Il n’en demeure pas moins que Bouziz Bengana s’est bien adonné à cette pratique aussi sanguinaire qu’avilissante de couper l’oreille à tout insurgé qu’il réussit à abattre, sans le moindre remords.    

Les autorités coloniales de Constantine qui n’en demandaient pas tant de la part des Bengana, organisèrent une grande cérémonie militaire pour lui rendre hommage, et au cours de laquelle il reçut « la croix d’officier » et une gratification de 45 000 francs.
Parmi les nombreuses victimes de Bangana (certainement M’hammed, le père de Bouaziz, dernier
« cheikh el-Arab » des Ziban) figurent les héros de Zaatchas, à l’image de son chef Si Bouziane et de son lieutenant Si Moussa Al-Darkaoui, dont les têtes sont toujours exposées dans le Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Alors qu’on sait que l’Algérie a officiellement introduit une demande de rapatriement des restes, dont des crânes et des oreilles momifiés de résistants de la glorieuse révolte de Zaatchas. Une demande que Paris refuse toujours de satisfaire, craignant sans doute d’ouvrir la boîte de Pandore qui risque de révéler des atrocités jamais imaginées sur la présence coloniale française en Algérie durant 132 ans d’occupation. 
La biographe du bachgha Bengana, Feriel Furon, qui se présente comme son arrière-petite-fille, occulte royalement cet aspect funeste du parcours de son aïeul – ou de ses aïeux, cela importe peu. Aucun mot sur les sanglantes répressions qu’ils conduisirent contre les insurgés, pour le compte des Français. Pour elle, au contraire, « le dernier roi des Ziban » a tout fait pour épargner aux populations de tout le Sud-Constantinois, dont il était l’indétrônable « cheikh al-Arab » les représailles menées ou envisagées  par l’armée coloniale. Ainsi, aurait-il, selon l’auteure, usé de son sens diplomatique et de son autorité temporelle et religieuse auprès des autorités pour orienter leurs efforts vers plus d’intégration et d’assimilations des populations locales, à travers notamment la généralisation de l’enseignement et un statut civique qui pût permettre aux Algériens d’accéder à une pleine citoyenneté. Or, cette version des faits a été démontée par les témoignages recueillis par les historiens durant la première moitié du XXe. Il s’est avéré que tout cet activisme politique et diplomatique était l’écran de fumée qui voilait une entreprise réfléchie au profit de l’occupation.
Adel Fathi
https://www.memoria.dz

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